« La zone euro va rester la seule région pénalisée par sa monnaie »

Vincent Guenzi, directeur de la stratégie chez Cholet-Dupont
Laure Closier

L’Agefi: Peut-on parler de « guerre des changes » ?

Vincent Guenzi: Oui, et ce n’est pas nouveau. En période de sortie de récession ou de croissance molle, tous les pays adoptent des mesures pour stimuler ou protéger leur activité. Mais, dans le cas des Etats-Unis, le but recherché par la Fed est moins de stimuler les exportations que de créer des conditions de taux réels négatifs favorisant l’investissement et la consommation au détriment de l’épargne. Le Japon est dans la même situation. En revanche, face à l’appréciation de leurs devises, le Brésil et la Thaïlande mettent en place des mesures de dissuasion aux entrées de capitaux étrangers, alors que leur forte croissance n’est pas menacée. La Chine fait la même chose en gardant une monnaie non librement convertible. Or, les mouvements de capitaux sont un élément essentiel pour corriger les déséquilibres structurels entre pays. Si vous les bloquez, vous prolongez la période d’ajustement. Avec l’immobilisme «forcé» de la BCE, la zone euro va rester la seule région pénalisée par sa monnaie. Son taux de croissance risque de rester plus longtemps inférieur à la croissance potentielle même si la légère baisse des taux réels compense un peu le handicap monétaire.

L’euro/dollar va-t-il d’après vous se maintenir autour 1,40 jusqu'à la fin de l’année?

A court terme, l’euro pourrait même dépasser temporairement ce niveau. Mais si la Fed gagne son pari, le dollar pourrait retrouver quelques couleurs. Par ailleurs, la situation des pays européens endettés ne me semble pas définitivement réglée, et une nouvelle désaffection de l’euro ne doit pas être exclue. Je favorise une évolution de l’euro/dollar entre 1,30 et 1,40 dans les prochains trimestres.

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