La Russie renonce à ses interventions systématiques sur le marché des changes

La banque centrale a abandonné son corridor sur le rouble mais se réserve le droit d’intervenir sans limite de montant en cas de risque financier.
Patrick Aussannaire

La Russie tente d’ajuster son économie en stagflation. La banque centrale (CBR) a fait un nouveau pas vers l’instauration d’un taux de change flexible en abandonnant la bande de fluctuation du rouble, déjà plusieurs fois élargi ces dernières semaines. Une mesure qui met un terme à des interventions sur le marché des changes qui se sont avérées très coûteuses en termes de réserves et sans effet, dans le but de maintenir la devise dans ce couloir.

La CBR se réserve néanmoins le droit de procéder à des interventions ponctuelles, sans limite de montant, en cas de «menaces sur la stabilité financière».

«Le taux de change du rouble sera déterminé par les marchés, ce qui devrait améliorer l’efficacité de la politique monétaire et garantir la stabilité des prix (…) et contribuera à accélérer les ajustements de l’économie aux changements des conditions externes et améliorer sa résistance aux chocs négatifs», a expliqué la CBR. Les prêts en rouble aux banques commerciales, «qui n’ont malheureusement pas été seulement utilisés pour financer l’économie mais aussi pour parier sur le marché des changes» selon sa présidente Elvira Nabiullina, seront quant à eux restreints.

Des mesures qui ont entraîné un rebond du rouble de 6,5% contre dollar lundi. A 45,64 après un plus bas de 48.63, la devise est toujours en recul de 24% depuis début septembre, sur fond de fuite de capitaux qui devrait atteindre un montant de 128 milliards de dollars cette année après 61 milliards en 2013. La volatilité implicite à un mois s’est en outre envolée à 33%, son plus haut depuis son pic d’octobre 2008. «La chute du rouble ces derniers jours et ses fluctuations excessives n’ont rien à voir avec les fondamentaux économiques», a estimé Elvira Nabiullina, ajoutant que le taux de change est «en dessous de son niveau d’équilibre».

La CBR table désormais sur une croissance nulle en 2015 avec l’anticipation d’un prix du baril de pétrole à 80 dollars, et a décalé d’un an à 2016 le retour programmé de l’inflation vers son objectif de 4%. «La banque centrale maintiendra une politique monétaire restrictive seulement tant qu’il existera des risques significatifs de hausse des anticipations d’inflation», a indiqué sa vice-présente, Ksenia Yudaeva. Malgré une hausse des taux directeurs de 150 pb fin octobre à 9,50%, les marchés anticipent le maintien de conditions restrictives, avec un rendement à 2 ans des obligations en devise locale à 9,97%.

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