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Nasdaq-SpaceX : le conflit d’intérêts qui transforme l’indice en casino
Les grands équilibres de la finance mondiale ont basculé. Contrairement à une idée reçue, le pouvoir ne réside plus chez les géants de l’asset management comme BlackRock ou Fidelity, mais chez les architectes des indices. La gestion passive représente désormais 60 % du marché américain : elle ne choisit plus, elle réplique. Dès lors, concevoir un indice, c’est piloter les flux mondiaux de capitaux. Or, ces fournisseurs d’indices (MSCI, S&P, Nasdaq) sont des entreprises privées cotées, dont le modèle économique repose sur la vente de licences et de données aux émetteurs de produits financiers comme les ETF et les produits structurés.
Historiquement, leurs règles visaient à protéger l’investisseur. Le S&P 500 imposait des critères précis : rentabilité positive sur le dernier trimestre et les quatre derniers cumulés, capitalisation minimale élevée et flottant significatif. Ce filtre exigeant a obligé Tesla, introduite en Bourse en 2010, à attendre dix ans avant d’intégrer l’indice, une fois sa rentabilité durablement démontrée. Le Nasdaq 100, quant à lui, exigeait douze mois de cotation préalables, une rentabilité avérée et un flottant minimal de 10 à 12 % pour garantir la liquidité du titre.
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Le grand reniement : la capitulation des indices
Ce garde-fou vient de voler en éclats sous la pression de la concurrence féroce que se livrent les places de marché pour attirer les nouvelles méga-licornes (SpaceX, OpenAI, Anthropic).
Le cas SpaceX est le symptôme aigu de cette rupture. Pour convaincre Elon Musk de choisir son marché pour son IPO historique du 12 juin 2026, le Nasdaq a capitulé le premier en balayant ses barrières de sécurité : suppression de l’exigence de rentabilité (alors que SpaceX affiche une perte de 4,9 milliards de dollars en 2025), abandon du critère de flottant minimum, et réduction du délai d’attente à seulement quinze jours.
Mais le Nasdaq n’est pas seul dans cette course vers le bas. S&P Dow Jones Indices, souvent perçu comme le gardien le plus rigide et conservateur du temple, vient lui aussi d’ouvrir une consultation de marché pour modifier ses règles et pouvoir inclure plus rapidement ces méga-IPO. Les indices ne sélectionnent plus les entreprises sur leur solidité ; ce sont les géants de la tech qui dictent leurs conditions aux indices.
Les conséquences de ce favoritisme sont systémiques. SpaceX va entrer en Bourse avec un flottant public lilliputien d'à peine 5 % du capital. Dès son inclusion à peine quinze jours après l’IPO, les fonds indiciels seront contraints d’acheter massivement l’action pour en répliquer la performance. Injecter des dizaines de milliards de dollars d’achats automatiques, déconnectés de toute analyse fondamentale, à travers un entonnoir si étroit va provoquer un choc de demande artificiel sur une valeur déjà jugée ultra-spéculative.
L’Europe, gendarme d’un terrain… vide
Face à cette dérive, l’Europe brandit fièrement son règlement Benchmark (BMR), modèle de gouvernance et de gestion des conflits d’intérêts. Mais cette supériorité morale se déploie dans le vide : aucune licorne européenne n’atteint cette échelle, et si elle existait, elle s’introduirait à New York pour bénéficier de la liquidité américaine. L’Europe réglemente parfaitement un gâteau qu’elle ne possède hélas pas.
Au total, un renversement majeur s’est produit : la gestion dite « passive » ne l’est plus. Les fournisseurs d’indices ne se contentent plus de refléter les marchés, ils en influencent la structure et en alimentent les risques d’abus au regard des défauts de liquidité créés.
Cette évolution appelle une vigilance accrue des régulateurs. Le véritable enjeu n’est pas seulement de réguler les indices, mais de protéger les investisseurs contre ces pratiques d’effet casino qui vont à l’encontre de la transparence et de la confiance, garant du bon fonctionnement des marchés.
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