La Réserve fédérale américaine joue l’arbitrage entre inflation et chômage
Les regards se portent à nouveau sur la Fed, après s’être détournés vers l’Europe en crise. Ben Bernanke, qui s’est montré discret depuis quelque temps, s’est inquiété mardi, lors d’une conférence à l’université d’Etat de l’Ohio, des conséquences économiques et sociales d’une période de chômage prolongée aux Etats-Unis. Le rythme actuel de la croissance de l’économie américaine n’est pas suffisant pour faire baisser le taux de chômage qui se monte à 9,6%.
Or, le problème est moins le niveau actuel du chômage américain que son maintien à un niveau élevé sur une période prolongée. «Il y a à l'évidence des conséquences économiques et sociales très sévères avec un tel niveau de chômage», a ainsi estimé le président de la Fed. Surtout en termes de perte de qualification des salariés. «C’est très inhabituel et inquiétant dans la mesure où les personnes qui ont été hors du marché du travail pour une période prolongée voient leur compétences et qualifications se réduire».
Les prévisions de la Fed concernant le marché de l’emploi ne sont pas rassurantes. Ses études récentes tablent sur un taux de chômage qui devrait se situer autour de 9% d’ici un an, alors que Ben Bernanke a prévenu qu’il pourrait même progresser si la croissance demeure à ses niveaux actuels. «Trouver de nouveaux emplois, faire baisser le chômage est par conséquent d’une importance majeure» selon lui. Un discours et des préoccupations qui se rapprochent de celles que connaît l’Europe.
Le président de la Fed, qui, contrairement à la BCE, a un double mandat de lutte contre la hausse des prix mais également de stimuler la croissance économique américaine, a une nouvelle fois défendu son programme d’assouplissement quantitatif, en proie à de vives critiques. Narayana Kocherlakota, présidente de la Fed de Minneapolis, a même estimé que « dans une certaine mesure, il serait bon d’avoir une inflation anticipée supérieure».
Mais la Fed, qui voit un arbitrage de type «courbe de Phillips» entre inflation et chômage, joue avec le feu. Même si pour le moment elle craint la déflation, le maintien de taux exceptionnellement bas pendant une période prolongée pourrait créer les conditions d’une spirale inflationniste en cas de retour d’une croissance soutenue de l’activité, même si la Fed table sur le faible taux d’épargne aux Etats-Unis pour compenser ces effets.
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