La promesse d’une politique plus agressive au Japon fait dévisser le yen
L’«Abe trade» peut-il remplacer le «yen carry trade» d’avant 2008 ? Ce week-end, les Japonais ont accordé leur confiance au Parti libéral démocrate (PLD) de Shinzo Abe en créditant sa coalition de plus des deux tiers des sièges à la chambre basse. Le dirigeant, qui devrait prendre les rênes du gouvernement le 26 décembre, ne compte pas laisser retomber le soufflé qui a permis de faire plier le yen de 5% en un mois à 84,48 contre dollar hier matin, son plus faible niveau depuis avril 2011. Et de propulser l’indice Nikkei de 12% à son plus haut niveau depuis avril dernier.
Shinzo Abe a ainsi d’emblée mis la pression sur la BoJ. «Nous avons une cible d’inflation de 2% (…). Nous en rendrons la BoJ pleinement responsable. Alors, par le biais de cette politique monétaire incluant un assouplissement illimité, nous sortirons de la déflation, corrigerons la force du yen et augmenterons la compétitivité internationale du Japon». L’indice des prix à la consommation au Japon est légèrement inférieur à son niveau de 1993, alors que l’indice américain a progressé de 59% sur la période, selon le FMI.
Côté budgétaire, exit les bonnes intentions de rigueur. Shinzo Abe compte repousser la hausse promise du taux de TVA au deuxième trimestre 2013. Barclays anticipe même un programme de relance budgétaire de 5.000 à 10.000 milliards de yens.
Pourtant, tous les obstacles ne sont pas levés. Si la majorité acquise par le PLD lui permet de contourner les décisions de la chambre haute, Shinzo Abe aura néanmoins les mains liées jusqu’aux prochaines élections qui se tiendront en juillet 2013. En outre, un bras de fer risque de s’engager avec l’actuel gouverneur de la BoJ dont le mandat prend fin le 8 avril 2013.
Masaaki Shirakawa a alerté le nouveau gouvernement que «si les rachats d’actifs de la BoJ étaient mal interprétés comme étant un financement du déficit budgétaire, les taux d’intérêt à long terme pourraient s’envoler et avoir un impact négatif sur l’économie réelle». La réunion de la BoJ mercredi sera un premier test, mais les économistes n’anticipent pas de rallonge significative des rachats d’actifs avant l’échéance du mandat de Masaaki Shirakawa.
La société de gestion GaveKal doute en outre que la seule dépréciation du yen soit suffisante pour permettre à l’activité japonaise, en récession, de retrouver le chemin de la croissance, «les défis japonais étant plutôt d’ordre structurel».
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