La hausse des rendements japonais jette un voile sur la stratégie de la BoJ
La troisième séance consécutive de hausse du rendement des obligations d’Etat japonaises (JGB) n’est pas de nature à rassurer sur les effets collatéraux que peut entraîner la mise en place d’une politique d’assouplissement monétaire historique par les autorités nipponnes. Le taux de référence à 10 ans a enregistré une nouvelle progression hier de 7 points de base (pb) pour atteindre 0,855% et signait même une hausse identique ce matin pour atteindre 0,92%, son plus haut niveau depuis avril 2012, avant de revenir sur ses niveaux de la veille. Le taux à 5 ans atteignait hier à 0,40% un point haut qu’il n’avait connu depuis juillet 2011.
Le JGB à 10 ans a ainsi doublé depuis son point bas de 0,425% touché début avril suite à l’annonce par la BoJ du doublement de la taille de son bilan en deux ans pour passer à 60% du PIB fin 2014. Un mouvement qui s’est même accéléré ces derniers jours puisque que la hausse du taux 10 ans atteint 26,5 pb depuis jeudi dernier.
Sur les maturités plus longues, le mouvement a néanmoins été moins spectaculaire avec un JGB à 20 ans en hausse hier de 3,5 pb à 1,66% et celui à 30 ans de 2 pb à 1,78%. La différence (spread) entre les taux à 10 et 30 ans s’est ainsi réduite à 92,5 pb, alors qu’elle était de 107 pb jeudi dernier, traduisant un aplatissement de la courbe sur la partie longue.
Dans ce contexte, les investisseurs craignaient un échec de l’adjudication réalisée hier par le Trésor de 500 milliards de yens (3,8 milliards d’euros) d’obligations à 30 ans. Le coupon offert de 1,8% a néanmoins permis d’attirer 3,57 fois le montant proposé, un ratio de couverture à peu près stable par rapport à la précédente adjudication. «Mais il reste une série d’adjudications tests dans les prochaines semaines» rappelle Maki Shimizu, stratégiste chez Citigroup.
Le ministre des Finances, Akira Amari, a calmé le jeu hier en indiquant que les autorités surveillaient de près la volatilité des JGB. Des propos qui font écho à ceux du gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, qui a dit samedi ne pas s’attendre à une hausse brutale des rendements de long terme.
Citigroup note que la hausse des rendements se fait dans un contexte favorable de hausse des marchés actions, de points morts d’inflation orientés à la hausse, et de rendements internationaux sous pression. «Mais la correction serait considérée comme négative si elle s’accompagnait de signes négatifs quant à la capacité de la BoJ à atteindre ses objectifs d’inflation», avertit néanmoins la banque. Pour le moment, les économistes anticipent une inflation à deux ans de seulement 0,6% au Japon, selon Japan Center for Economic Research’s. Un niveau bien inférieur à l’objectif de 2% de la BoJ.
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