La Fed renvoie la responsabilité des déséquilibres mondiaux sur la Chine

Ben Bernanke a réitéré ses attaques contre la politique de change de Pékin, responsable de créer une croissance mondiale « à deux vitesses »
Patrick Aussannaire

La meilleure défense c’est l’attaque. Sous le feu de vives critiques formulées tous azimuts contre sa politique d’assouplissement monétaire, le président de la Fed, Ben Bernanke, a une nouvelle fois renvoyé la balle dans le camp des pays émergents. «Le système monétaire international actuel ne fonctionne pas aussi bien qu’il le devrait» a-t-il estimé dans le texte de son intervention programmée aujourd’hui lors d’une conférence organisée à Francfort par la BCE. Et d’ajouter que «la sous-évaluation des monnaies des pays qui dégagent des surplus freine les ajustements internationaux et crée des effets de contagion qui ne devrait pas exister si les taux de change reflétaient mieux les fondamentaux de marché».

Cette critique récurrente des Etats-Unis avait suscité l’agacement du ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, jugeant que le pays étaient mal placé pour reprocher à la Chine de maintenir sa monnaie sous-évaluée tandis que que la Fed poursuivait le même but, alors qu’en interne les républicains se font de plus en plus virulents sur les risques inflationnistes d’une politique monétaire trop laxiste. Mais Ben Bernanke n’en démord pas et estime que la politique de croissance des pays émergents tournée vers les exportations crée une croissance mondiale «à deux vitesses».

Dotée d’une double mission de stabilité des prix et de favoriser la croissance, la Fed joue sur le spectre de la déflation, avec une inflation à seulement 0,6%, ainsi que sur celui du chômage, proche des 10%, pour justifier son action. Ben Bernanke estime en outre que sans l’intervention de la Fed, «les Etats-Unis courent le risque de voir des millions de salariés au chômage ou sous-employés pendant de nombreuses années».

Le but recherché par la Fed est simple. Stimuler les anticipations inflationnistes à court terme, sans toucher aux anticipations inflationnistes de long terme afin d’éviter la déflation à court terme et stimuler l’activité sans créer les conditions d’un retour de l’inflation à long terme. Or, nombre d’économistes estiment que la Fed danse avec le diable. Natixis estime que «à long terme, les excès de liquidité pourraient s’avérer inflationnistes, et leur effet pourrait s’ajouter à une possible hausse du prix des matières premières et/ou de l’inflation importée, via une baisse du dollar et une hausse des prix dans les pays émergents».

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