La déroute des prix du pétrole redistribue les cartes dans le monde émergent
La Banque mondiale estime que l’Inde, le Brésil, l’Indonésie, l’Afrique du Sud et la Turquie pourraient en être les principaux bénéficiaires.
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Patrick Aussannaire
La chute des prix du pétrole pourrait faire des heureux. Dans son rapport sur les Perspectives économiques mondiales publié hier, la Banque mondiale estime qu’une baisse moyenne du prix du pétrole de 30% sur 2014 et 2015 aura un impact positif sur la croissance mondiale de 0,5 point. Après environ quatre ans de stabilité autour de 105 dollars par baril, le prix du Brent a chuté brutalement depuis juin dernier pour tomber hier à 46,5 dollars, son plus faible niveau depuis mars 2009. Dans ce contexte, «la baisse du prix du pétrole entraînera d’importants rééquilibrages des revenus réels entre pays en développement exportateurs et importateurs de pétrole». Avec le Venezuela, la Colombie, le Nigeria et l’Angola, l’économie russe sera la principale victime de cette tendance avec une contraction du PIB de 2,9% en 2015 et un PIB quasi stable en 2016.
Dans le même temps, une chute des prix du pétrole de 10% pourrait ainsi ajouter de 0,1 à 0,5 point de croissance aux pays importateurs de pétrole, selon la part du poids des importations de brut dans leur PIB, selon la banque mondiale. L’institut estime que l’impact positif sur la croissance chinoise, qui devrait ralentir modérément à 7,1% cette année, puis de 7% en 2016 et 6,9% en 2017, après 7,4% l’an dernier, devrait être limité à 0,2 point, avec néanmoins une hausse de son excédent courant de 0,4 à 0,7 point. C’est l’Inde qui devrait être le principal bénéficiaire de la baisse du prix du pétrole, avec une croissance qui devrait s’accélérer pour atteindre 6,4 % cette année, puis 7% en 2016-17, après un chiffre décevant de 5,6 % l’année dernière.
«Au Brésil, en Indonésie, Afrique du Sud et Turquie, cette baisse permettra de réduire l’inflation et les déficits courants, qui contribuent fortement à la vulnérabilité de la plupart d’entre eux», ajoute la Banque mondiale qui incite ces pays à «lancer des réformes budgétaires et structurelles, susceptibles de stimuler la croissance à long terme». Si cette situation a des conséquences désinflationnistes néfastes dans les pays développés, elle pourrait constituer une source d’opportunité dans certains pays émergents. «Dans les pays importateurs de pétrole où la baisse des prix pourrait faire chuter les anticipations d’inflation sous leur objectif, les banques centrales peuvent se permettre de prendre des mesures d’assouplissement pour soutenir davantage la croissance», ajoute la banque mondiale.
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