La Cour des comptes s’inquiète du risque d’emballement de la dette
La dette publique pourrait dépasser les 90% du PIB à la fin de l’année 2012, selon la Cour des comptes, alors que le programme de stabilité tablait sur 89,2%. «Le pays est dans une zone dangereuse», a mis en garde hier, le premier président de la Cour, Didier Migaud, en présentant l’audit des comptes. «Le risque d’emballement de la dette ne peut être écarté», a-t-il ajouté.
La dette est passée à 86% fin 2011, l’équivalent de 1.700 milliards d’euros, 62.000 euros par ménage. Résultat de la hausse de l’encours : la charge d’intérêt a augmenté de 11,9% entre 2010 et 2011. A la fin de 2012, les magistrats estiment que la dette imputable aux opérations du Fonds européen de stabilité financière et celle liée à l’apport en capital du Mécanisme européen de stabilité, devrait être de 50,2 milliards, soit une augmentation de 35,7 milliards d’euros par rapport à 2011. Cette prévision ne tient pas compte de l’aide à l’Espagne. Le programme de stabilité prévoyait de compenser l’augmentation de la dette due aux fonds de secours par des mouvements de trésorerie. Mais ils sont «incertains» et la croissance devrait être inférieure à celle prévue.
Certes, les taux des emprunts de la France sur les marchés sont ressortis à des niveaux historiquement bas. Le taux moyen pondéré des émissions de BTAN et d’OAT était de 2,14% le 25 juin. La charge de la dette et de la trésorerie de l’Etat pourrait donc s’élever à 47,5 milliards d’euros en 2012, contre 48,8 milliards initialement prévus. Mais le programme de stabilité se fonde sur un retour des taux d’intérêt à leurs niveaux d’avant la crise. En respectant la trajectoire de la dette prévue, la charge d’intérêt de l’Etat (75% de la dette publique) augmenterait de 12,5 milliards d’euros entre 2011 et 2016.
La Cour met en garde contre tout écart. Dans un scénario où aucune mesure de redressement des comptes ne serait prise, la dette pourrait atteindre 100% du PIB en 2017 et 108% en 2020. Sans hausse particulière des taux d’intérêt, la charge pour l’ensemble des administrations passerait alors de 53 milliards d’euros en 2011 à 80 milliards d’euros en 2016, soit 3,5% du PIB. La Cour reconnaît que cette projection est théorique car une augmentation de la dette devrait logiquement se traduire dans les rendements des titres d’Etat et aggraverait donc la dynamique «boule de neige» de l’endettement.
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