La Chine est accusée de renforcer l’aléa moral sur la finance de l’ombre
La Chine peine à assurer sans heurts la libéralisation de son secteur financier. Quelques mois après la troisième séance plénière du Parti Communiste chinois qui avait suscité les espoirs de voir le pays s’orienter vers le développement de ses marchés financiers, les autorités sont revenues à leurs anciens démons dirigistes en intervenant pour éviter le défaut d’un produit d’un gestion de fortune (WMP) émis par China Credit Trust (CCT) et commercialisé par ICBC. «Si les marchés ne tolèrent pas de défaut, comment peut-il exister des taux d’intérêts réels de marché?», s’interroge Yao Wei, économiste à la SocGen.
Cette décision «est un soulagement pour les investisseurs locaux et les participants de marché, mais représente également une occasion manquée de limiter l’aléa moral», ajoute Fitch, faisant écho à Moody’s et S&P. Sans compter que le statut de CCT, qui compte parmi ses principaux actionnaires PICC, le géant de l’assurance en Chine, ainsi que plusieurs autres sociétés sous contrôle de l’Etat, renforce l’aléa moral sur la finance de l’ombre.
L’encours du produit en cause est certes limité à 3 milliards de yuans (364 millions d’euros), mais cache 660 milliards de dollars de prêts de ce type arrivant à maturité cette année, et qui devront ainsi être soit remboursés soit refinancés, selon Bank of America. «Les risques de défaut sont particulièrement élevés dans les secteurs tels que l’immobilier, l’exploitation des mines de charbon et certains secteurs manufacturiers», ajoute Citigroup.
Malgré une croissance fulgurante de 40% en un an pour des dépôts bancaires en hausse de 12%, le poids des WMP reste limité à 10% des dépôts totaux. Et les banques chinoises peuvent se prévaloir d’un ratio prêts sur dépôts de 84%, contre 384% pour les banques américaines avant la crise des subprimes. Fitch s’inquiète pourtant du fait qu’«un événement de crédit sur un WMP pourrait engendrer une perte de confiance des investisseurs et ainsi une fuite des dépôts».
Malgré le maintien d’une politique restrictive avec un taux Shibor à 7 jours proche de 5%, la PBOC a ouvert son programme de facilité de prêts aux petites et moyennes banques du pays, les plus exposées, pour assurer leurs besoins de liquidités croissants avec l’arrivé à maturité de leurs WMP. Un dirigeant de la PBOC les accusait lundi d’«avoir recours à des emprunts de court terme instables pour financer des expansions d’actifs de long terme et de taille importante».
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