La capacité de réaction des pays émergents est mise à rude épreuve
Est-ce la prise de conscience des pays émergents les plus exposés au retrait des liquidités massives injectées par la Fed et aux inquiétudes concernant l’économie chinoise ? Hier, la banque centrale sud-africaine a pris les marchés par surprise en relevant ses taux directeurs de 50 pb pour les porter à 5,50%. Une décision qui fait suite à celle de la banque centrale de Turquie mardi soir, qui a opté pour un «resserrement monétaire bien plus agressif qu’attendu», comme le souligne SG CIB.
L’Argentine a de son côté procédé à l’adjudication de 860 millions de pesos d’obligations à trois mois à un taux record depuis novembre 2002 de 25,89%, et supérieur de 600 pb au rendement concédé une semaine plus tôt. Lundi, c’est la banque centrale indienne qui a surpris en relevant ses taux directeurs de 25 pb pour les porter à 8%. Certains anticipent un resserrement de la banque du Mexique à sa réunion de demain.
Pourtant, la hausse des taux turcs à court terme de 425 à 550 pb n’a eu qu’un effet transitoire sur la livre, revenue hier à ses niveaux d’avant resserrement contre dollar. Elle accuse ainsi toujours une baisse de 6% depuis le début de l’année. «Les investisseurs craignent que les banques centrales émergentes aient tiré leurs dernières cartouches et soient incapables de poursuivre leur politique de resserrement monétaire ou que leurs économies ne puissent pas supporter ces hausses de taux», explique Citigroup.
La Turquie et l’Afrique du sud sont les pays les plus exposés avec un niveau de réserves de changes négatif en retirant la dette à court terme et le déficit courant, de 15 et 9 milliards de dollars respectivement, selon la société de gestion GaveKal. L’Inde et l’Indonésie affichent un filet de sécurité nul, alors que celui du Brésil et du Mexique est limité à 5 milliards. Malgré une légère hausse hier, le rand sud-africain affiche une dépréciation contre le billet vert de 7% depuis le début de l’année, le peso argentin de 23%, le real brésilien de 3,5%, et le rouble de 7%.
Si la roupie indienne reste stable depuis septembre, les dollars australien et canadien ont été affectés par les inquiétudes concernant l’économie chinoise, avec une chute de respectivement 11% et 8%. «La contagion aux devises les moins liquides et les plus volatiles des pays développés est directe», constate Citigroup. Le won coréen s’est par contrecoup apprécié de 8% depuis le début de l’année, et le dollar néo-zélandais de 2%, et de 7% depuis septembre.
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