La BCE cherche encore un remède au gel du crédit
Comme l’attendait le marché, la Banque centrale européenne (BCE) a abaissé son taux de refinancement de 25 points de base à 0,50%, sans toucher au taux de la facilité de dépôt, à 0%. Elle a aussi annoncé qu’elle maintenait le robinet de liquidités complètement ouvert pour les établissements financiers jusqu’à la mi-2014. Le président de la BCE, Mario Draghi, a expliqué que des discussions étaient en cours pour soutenir le marché des ABS et a laissé entendre qu’un nouvel assouplissement monétaire était toujours possible.
Bien que très attendu, l’assouplissement annoncé n’est pas allé de soi. Mario Draghi a sous-entendu qu’il n’y avait pas eu d’unanimité au sein du conseil des gouverneurs, ni pour baisser le taux de refinancement, ni pour fixer cette baisse à 25 points de base.
Néanmoins, le président de la BCE, a assuré que cette baisse profitera à toutes les banques et sera plus effective qu’elle ne l’aurait été si elle avait été mise en œuvre auparavant.
Le président avance deux arguments: la fragmentation financière, qui empêche une baisse des taux de se répercuter sur certaines économies, a diminué. Surtout, les pays, comme la France et l’Allemagne, qui ne sont pas concernés par la mauvaise transmission de la politique monétaire, sont confrontés à la faiblesse de leur activité économique. Mario Draghi a assuré que la réduction du corridor de la politique monétaire limiterait la volatilité de l’Eonia. Celui-ci est un peu remonté au fur et à mesure des remboursements d’opérations de refinancement à long terme (LTRO).
Le conseil des gouverneurs s’est aussi engagé à mener des opérations de refinancement avec allocation illimitée de liquidités jusqu’à «au moins» la moitié de l’année prochaine. Avec ce dispositif, «la peur d’un manque de financement ne peut pas être une excuse pour ne pas prêter» a prévenu Mario Draghi. «C’est l’engagement le plus fort en faveur d’une politique accommodante à long terme», note Carsten Brzeski chez ING. Il fait valoir que la BCE promet d’habitude des liquidités illimitées pour 6 mois et non 14.
«La BCE ne voit pas de risque de déflation», note Marco Valli chez Unicredit. Le président de la BCE a en effet assuré que la récente chute de l’inflation était due à celle des prix du pétrole et à des effets de calendrier. En revanche, il s’est dit très attentif à l’évolution de la situation et a laissé entendre que le passage du taux de la facilité de dépôt en territoire négatif pourrait être maîtrisé. Il y a quelques mois encore, le banquier central était très sceptique à ce sujet. «La possibilité d’avoir des taux encore plus bas a été laissée ouverte», analyse Ken Wattret, économiste chez BNP Paribas, qui attend une nouvelle baisse du refi de 25 points de base au mois de juillet.
En matière de mesures non conventionnelles, le conseil des gouverneurs reste très prudent. Il a annoncé «des consultations avec d’autres institutions européennes pour assurer le bon fonctionnement du marché des ABS adossés à des prêts aux entreprises non financières». Une façon de s’attaquer aux difficultés d’accès au financement de beaucoup de PME.
Mario Draghi a précisé que cette question était du ressort de la Banque européenne d’investissement et de la Commission. Il a cependant insisté sur le fait que les discussions en étaient au stade préliminaire.
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