La Banque nationale suisse fourbit ses armes contre la force du franc
Le maintien par la BNS d’une politique monétaire conduisant à une courbe des taux suisse négative jusqu’à la maturité 10 ans ne semble pas produire les effets souhaités sur le franc suisse. «Le franc est dans l’ensemble nettement surévalué», a réitéré le gouverneur de la BNS, Thomas Jordan, brandissant une nouvelle fois la menace d’une intervention sur le marché des changes. Le franc s’est stabilisé depuis le mois d’avril et s’est même replié de 6,5%, à la fois contre euro et contre dollar, depuis l’abandon du taux plancher contre euro mi-janvier qui l’avait fait grimper de plus de 20% en une seule séance.
Malgré cela, la devise suisse reste en hausse de 13% contre euro et de 9% contre dollar depuis janvier. «L’économie suisse subit le contrecoup de la soudaine et brutale appréciation du franc qui a suivi l’abandon du taux plancher», ajoute BNP Paribas. La chute des exportations de 4% a entraîné une contraction du PIB suisse de 0,2% au premier trimestre, la première depuis 2011 et la deuxième seulement en six ans. Dans le même temps, l’inflation globale et sous-jacente sont toutes deux passées en territoire négatif depuis le début de l’année et ne devraient pas en sortir avant début 2017, selon la BNS.
Si la banque centrale a maintenu la semaine dernière le Libor 3 mois dans une fourchette de -1,25% à -0,25% et continué de pénaliser de -0,75% les dépôts à son guichet des banques suisses, ces derniers progressent toujours. Ils atteignaient 388,2 milliards de francs la semaine dernière, soit une hausse d’environ 60 milliards depuis le début de l’année. Dans ce contexte, la BNS explore la possibilité de réduire le nombre d’institutions exemptées de payer un taux négatif sur les dépôts à vue, ce qui représente un montant de 292 milliards de francs, soit 77% des dépôts totaux.
De son côté, le FMI a suggéré fin mai la fixation d’un rythme mensuel d’intervention sur le marché des changes par des rachats d’actifs (principalement étrangers) qui devraient, selon lui, «aider à limiter le ralentissement de la croissance à court terme, réduire les risques liés à la faiblesse de l’inflation et atténuer la surévaluation du franc». Si Citigroup estime qu’une telle mesure permettrait de «réintroduire des anticipations de dépréciation du franc sur les marchés», elle ajoute néanmoins que son «efficacité dépendra du montant des interventions, d’un rythme actuel de 3 à 5 milliards».
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