La Banque du Japon se livre à un ultime sursaut d’indépendance
La BoJ fait un dernier geste de résistance. Malgré une forte pression politique, son comité de politique monétaire a décidé hier à l’unanimité d’opter pour le statu quo à l’issue de sa réunion mensuelle, en laissant ses taux directeurs inchangés entre 0 et 0,5% ainsi que la taille de son programme de rachats d’actifs, à 91.000 milliards de yens.
«La BoJ a estimé utile d’attendre de voir les effets des dispositions prises coup sur coup les deux mois précédents», a expliqué Seiji Maehara, le ministre du Budget présent à la réunion.
En concédant des élections anticipées qui se dérouleront le 16 décembre, le premier ministre, Yoshihiko Noda, a ouvert la porte à un changement drastique de la politique dans le pays. Le chef du Parti libéral-démocrate en tête dans les sondages, Shinzo Abe, prône en effet une politique d’assouplissement «illimitée», des taux d’intérêt négatifs ainsi qu’une révision du statut de la BoJ visant à atteindre un objectif d’inflation révisé à 3%, contre 1% actuellement. Des mesures accompagnées d’un plan de relance équivalent à 4% du PIB par an sur dix ans et une baisse de l’impôt sur les sociétés sous les 30%.
Or, le nouveau gouvernement disposera d’une fenêtre pour asseoir ses projets avec l’expiration du mandat du gouverneur de la BoJ, Masaaki Shirakawa, le 8 avril 2013, ainsi que deux membres du comité jugés prudents, en mars. «La BoJ disposera d’une majorité claire de cinq votes en faveur d’une poursuite de l’assouplissement monétaire, ce qui ne s’est pas vu depuis des années» estime Kazuhiko Ogata, chef économiste au Crédit Agricole. Le yen a profité la semaine dernière de l’«Abe trade» anticipant un assouplissement monétaire et budgétaire en s’affaiblissant de 2,9% pour tomber à 81,955 contre dollar hier, son plus faible niveau depuis avril.
Kazuhiko Ogata estime en outre que «la politique de la BoJ va ressembler davantage à celle pratiquée par Ben Bernanke, en devenant plus agressive et moins regardante sur les effets collatéraux». Les CDS nippons à 5 ans ont progressé de 5 pb à 73 pb en une semaine, les investisseurs craignant un abandon du programme de réduction du déficit budgétaire, avec le doublement du taux de TVA pourtant arraché par Yoshihiko Noda au prix d’élections anticipées.
Une situation qui conduirait à une hausse des conditions de financement historiquement faibles dont jouit actuellement le gouvernement. Le taux à 10 ans progressait hier d’un bp, à 0,735%.
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