JNI 2020: Les institutionnels s’adaptent aux marchés d’après-crise
Comment les investisseurs institutionnels ont-ils fait face aux impacts tant financiers qu’opérationnels de la crise du Covid-19 ? C’est la question qui était posée aux intervenants d’une table ronde organisée mardi dans le cadre des Journées nationales des investisseurs de L’Agefi.
Gestion de couverture pour AG2R La Mondiale
Côté financier, AG2R La Mondiale a abordé l’année 2020 dans une position assez favorable dans la mesure où le portefeuille actions était intégralement couvert depuis l’été 2019, même si personne n’avait prédit la crise du coronavirus. «On imaginait des chocs actions, qui pouvaient provenir de différents éléments, mais pas d’une pandémie !», a relaté Jean-Louis Charles, le directeur des investissements et du financement d’AG2R La Mondiale. A cela s’ajoutait un contexte de taux bas. La couverture - la première depuis plusieurs années - concernait 5 milliards d’euros et couvrait le portefeuille à partir d’une baisse des marchés de 10%.
2020 a été consacrée à la gestion de cette couverture, ce qui n’a pas toujours été facile, selon Jean-Louis Charles. «Nous avons profité de points bas pour ajuster la couverture et la prolonger et resensibiliser le portefeuille», a-t-il précisé. AG2R a notamment acheté pour 260 millions d’euros d’actions en mars. L’investisseur a aussi profité de l’écartement des spreads au 1er semestre pour capter des primes de risque «qui n’existent plus trop aujourd’hui».
AG2R continue d’acheter des obligations, malgré l’environnement difficile. «Nous évitons d’en acheter à taux négatif, mais nous sommes obligés d’investir sur le segment obligataire», justifie Jean-Louis Charles. Quant à la trésorerie, «c’est un élément de protection qui peut être utile quand on approche une année où il y a beaucoup de volatilité mais qui coûte très cher en rendement», déplore Jean-Louis Charles, qui préfère en avoir peu.
Agrica diversifie ses placements
Groupe Agrica a aussi bien tiré son épingle du jeu. L’investisseur de long terme a bénéficié de l’adoption d’un nouvel outil qui permet de visualiser les risques en temps réel. Ainsi, en août 2019, «dans un contexte de marchés performants, où les risques étaient importants, nous avons réduit très sensiblement notre part actions et nous avons augmenté la part de monétaire», raconte Pierre Richert, son directeur financier. Agrica s’est retrouvé avec 10% de monétaire, un niveau «exceptionnel et important», selon lui. «C’est comme cela que nous avons pu aborder la crise dans de bonnes conditions», s’est félicité le directeur financier.
Aujourd’hui, Pierre Richert anticipe des défauts au niveau obligataire. «Le crédit est actuellement porté par les banques centrales et nous considérons que le risque est extrêmement important et nous sommes donc très prudents sur cette classe d’actifs», a-t-il affirmé.
Dans ce contexte, Agrica diversifie ses placements. Une classe d’actifs «allocation tactique», avec des gérants dédiés, a été créée, avec l’objectif de maîtriser la volatilité et créer du rendement récurrent. L’immobilier a également été renforcé. «Nous sommes passés de 6 à 9% avec une cible à 10%», a précisé Pierre Richert. Le private equity a aussi été augmenté et des stratégies de couverture, en particulier sur les actions, ont été développées. «Nous allons chercher des taux obligataires plus attrayants à l’étranger en couvrant le risque de change. Nous réfléchissons à d’autres classes de diversification, que ce soit les obligations convertibles, les obligations à taux variable, dans un objectif de construction des rendements récurrents», a poursuivi le dirigeant. En revanche, Agrica a cessé d’investir des obligations en deçà de 1%. «Autant dire qu’on n’investit plus en obligations aujourd’hui», résume Pierre Richert.
A 5 ans, Pierre Richert table sur un rendement de 3-4% avec 60% de récurrence de rendement et 40% de plus-value prévisible, sachant que l’investisseur a une vision très long terme, «puisque 85% de nos engagements sont à 20-30 ans».
La question du management en télétravail
Côté opérationnel, les intervenants se sont accordés pour dire que leur organisation avait bien géré le passage au tout télétravail. «La grosse différence et le gros défi ont été le passage à l’échelle», a commenté Arnaud Misset, chief digital officer de Caceis. Le vrai sujet, pour ce dernier, a été un sujet de management. «Comment garder le lien avec les équipes et sur la distance ?», s’est-il interrogé.
Une chose est sûre, la crise aura permis d’accélérer la transition digitale de tous les acteurs. Jean-Louis Charles constate en tout cas que «le Covid a été le chief digital officer le plus efficace de l’année 2020 !».
Plus d'articles du même thème
-
La Commission européenne publie des lignes directrices sur la liquidité des fonds monétaires
Peu visibles du grand public, ces géants discrets jouent un rôle central dans le fonctionnement de l’économie européenne. Bruxelles propose quelques nouvelles orientations pour assurer la liquidité des fonds monétaires. -
State Street IM ouvre un bureau à Madrid
Le gestionnaire d’actifs américain entrevoit une « importance croissante du marché espagnol ». -
Janus Henderson s’associe avec une société à Hong Kong dans l’alternatif
Son partenaire est Sun Hung Kai & Co. De nouveaux produits axés sur l’Asie seront développés. -
Colville Capital Partners s’entoure de conseils pour la gestion de ses fonds
La société de gestion a tiré les leçons de la longue traversée du désert de la gestion thématique. Le processus de gestion a évolué et l’équipe s’appuie désormais sur trois senior advisors, issus de milieux différents, pour renforcer ses domaines d’expertise. -
RBC BlueBay lance un fonds CLO face aux tensions dans le crédit privé
Les rachats s’accélèrent dans les fonds de crédit privé, avec des décotes atteignant jusqu’à 51 % sur la NAV. -
SBI et State Street lancent une joint-venture pour transformer l’épargne japonaise
La nouvelle entité, majoritairement détenue par SBI, proposera des fonds à faibles coûts et des ETF concurrençant notamment le fonds eMAXIS Slim All Country, dont les frais sont inférieurs à 0,06 %.
ETF à la Une
Franklin Templeton dévoile quatre ETF sectoriels américains
- Indosuez Wealth Management se lance à son tour sur le segment des ETF
- Bruxelles poursuit l'assouplissement des exigences ESG
- Le directeur général d’Amundi Technology part prendre les rênes d’Aztec
- Bertrand Merveille : «BDL Capital pourrait battre cette année ses records d'encours et de collecte»
- Emergence accueille cinq nouveaux investisseurs institutionnels
Contenu de nos partenaires
-
Printemps franco-algérienDZ mafia, coopération judiciaire et Christophe Gleizes au programme de la visite de Gérald Darmanin à Alger
Le garde des Sceaux entend « revenir avec des informations et des noms » de profils dangereux du narcotrafic qui se sont mis à l'abri en Algérie -
Ezzedine al-Haddad, chef de la branche armée du Hamas, a été tué lors d’une frappe israélienne
Samedi 16 mai, Israël a indiqué avoir tué, vendredi, par une frappe ciblée, Ezzedine al-Haddad, chef de la branche armée du Hamas et l’un des responsables de l'attaque du 7-Octobre -
L’Iran affirme discuter avec des pays européens pour franchir le détroit d’Ormuz
« Des [pays] Européens ont entamé des négociations avec la marine des gardiens de la révolution » pour traverser le passage, a indiqué la télévision d’État iranienne. Les noms des pays concernés n’a pas été précisé et, pour l’heure, aucun pays européen n’a confirmé cette déclaration de Téhéran