« Il existe des opportunités intéressantes pour acquérir du crédit de bonne qualité »
L’Agefi : estimez-vous que la crise actuelle du crédit est vouée à se poursuivre ?
Isabelle Rome : Au cours des six derniers mois, l’implosion du système de crédits hypothécaires américains s’est propagée à grande vitesse sur de nombreux acteurs. Depuis la mi-juin, la prime de risque moyenne du credit investment grade par rapport aux obligations souveraines a presque triplé (passant de 0,5 % à 1,4 %) entraînant une sous-performance de près de 3 % ! Nous attendons une poursuite de la détérioration du marché immobilier américain au cours des douze prochains mois tant les déséquilibres existants sont importants.
L’héritage 2007 pour les institutions financières n’est pas moins lourd. L’absorption et la digestion des risques pris ou ajoutés (portefeuilles d’ABCP) par certaines institutions prendra du temps, pour les plus grandes et les plus diversifiées, et pourra encore être fatale pour les banques les plus risquées. Dans cette optique, nous continuerons d’éviter les business models avec une faible diversité des activités et une forte dépendance au financement de gros.
Dans cet environnement, quelle stratégie avez-vous adoptée ?
Notre scénario macroéconomique le plus probable pour les Etats-Unis reste un atterrissage en douceur de l’économie en 2008 avec une croissance du PIB de 2,2 % et une croissance modérée de 2,0 % en Europe. Comme nous n’adhérons pas à un scénario de « credit crunch », notre vue à long terme sur le crédit est positive car nous estimons que la prime actuelle rémunère largement pour les risques encourus. En effet, dans une optique de buy & hold, le risque principal est celui de défaillance de l’émetteur qui, par définition, est faible pour les mieux notés.
En comparant les spreads de marché actuels et les spreads déduits de la projection de taux de défaut à un an (soit 4 % contre 0,9 % actuellement), il en ressort une exagération des primes de risque, ces dernières rémunérant jusqu’à une hausse sensible du taux de défaut à 12 %. Ainsi, nous privilégierons les obligations bancaires senior et subordonnés de qualité ou encore les secteurs générateurs de cash-flow.
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