Européens et Américains se livrent à une course de vitesse dans l’affaire Madoff
Alors qu’Irving Picard, le liquidateur américain de Bernard Madoff Investment Securities procède à des assignations en série avant l’extinction, le 11 décembre, du délai de deux ans qui lui avait été donné, le cabinet Deminor a également accru hier la pression sur les banques de ce côté-ci de l’Atlantique. Ce n’est pas une coïncidence. Deminor estime que les procédures lancées par le «trustee» américain peuvent avoir un effet de «dilution» et de «déperdition», a expliqué à L’Agefi Charles Demoulin, associé chez Deminor.
«Irving Picard tente de récupérer des milliards auprès d’UBS au bénéfice d’investisseurs américains qui n’ont rien à voir avec UBS. Il y a un risque de déperdition significatif sur les investisseurs non américains qui n’entreprennent pas une action en Europe», dit-il. Parce que les investisseurs européens sont généralement passés par des fonds OPCVM, Charles Demoulin estime en outre qu’ils disposent d’une «base juridique plus solide» que des investisseurs directs dans les fonds Madoff.
Deminor a pour l’instant regroupé 2.500 investisseurs, agissant respectivement contre UBS, HSBC et Citco, devant des tribunaux civils luxembourgeois et néerlandais pour obtenir au total 400 millions d’euros de réparation. Ils demandent «réparation intégrale» mais ils pourraient faire le choix d’un règlement amiable. Parmi eux 750 investisseurs allemands, essentiellement des particuliers, qui se sont récemment ralliés aux autres plaignants. «Le phénomène allemand pourrait prendre de l’ampleur», estime Charles Demoulin.
Au-delà de la fraude, les plaignants mettent en cause la manière dont les banques ont «entièrement délégué» leurs fonctions de dépositaire à Bernard Madoff et les soupçonnent d’avoir «intentionnellement» tu cette sous-délégation à la fois aux investisseurs et aux régulateurs. Ils estiment, tout comme le trustee américain, que «la fraude était détectable».
Irving Picard a annoncé hier l’assignation, pour un milliard de dollars, de sept banques non américaines, dont Natixis pour 400 millions. Les autres banques visées sont Citi, pour 425 millions, Fortis (Pays-Bas), ABN Amro, BBVA, Merrill Lynch et Nomura. «Natixis a toujours agi de bonne foi et n’a ni bénéficié, ni participé, ni eu connaissance de la fraude commise par Bernard Madoff», a répondu Natixis, qui a provisionné l’intégralité de son exposition, soit 463 millions d’euros.
Plus d'articles du même thème
-
Josselin Kalifa de la CDC co-préside le comité de pilotage de la NZAOA
Josselin Kalifa, directeur des investissements de la Caisse des Dépôts, et Toru Shindo, directeur des investissements du fonds de pension du personnel des Nations Unies, ont été élus co-présidents du comité de pilotage de l'alliance des détenteurs d'actifs pour la neutralité carbone (NZAOA). -
Les entreprises doivent optimiser la chasse aux impayés
L’enquête de la fintech Payt relève que près de la moitié des ETI n’ont pas déployé d’outil dédié au credit management. -
Le rachat de SFR par Bouygues, Free et Orange se précise
Le trio propose désormais 20,35 milliards d'euros pour une large partie des actifs d'Altice France. Bouygues Telecom obtiendrait la plus grande part avec 42%. -
Korege élargit son partenariat avec Fund Channel
Fund Channel s'occupe désormais de la gestion des flux de collecte et de la facturation des rétrocessions, ainsi que de la centralisation du dispositif de distribution de la filiale de la Matmut. -
Natixis IM nomme un nouveau directeur financier pour la distribution aux Etats-Unis
Natixis Investment Managers vient de nommer Warren Besser executive vice president et directeur financier de l’activité de distribution aux Etats-Unis à Boston, annonce l’intéressé sur LinkedIn. Warren Besser était précédemment senior vice president, en charge de la stratégie et du développement corporate. Il s’occupait des acquisitions. Il a rejoint Natixis IM en avril 2007 en tant que «vice-president» en charge de la stratégie de marché et de la distribution aux Etats-Unis. -
Les actionnaires de Schroders approuvent massivement l’acquisition par Nuveen
Ils ont soutenu l'opération à 99,9 %.
ETF à la Une
Morgan Stanley entre dans la danse des ETF bitcoin
- Comgest fait face à une forte décollecte au premier trimestre 2026
- Qui sont les plus grands gérants d'actifs du monde en 2026 ?
- Arkéa AM se rapproche de son objectif d’encours à 2030
- Amundi «toujours en phase d'apprentissage» dans la numérisation de fonds
- Morgan Stanley entre dans la danse des ETF bitcoin
Contenu de nos partenaires
-
CarrièreNe vous laissez plus manipuler, apprenez à influencer les autres
Dans son nouveau livre, Marwan Mery, ancien officier spécialiste de la négociation de crise au sein du COS, l'état-major des forces spéciales françaises, dévoile plusieurs techniques utiles en expliquant comment nos cerveaux fonctionnent. Passionnant ! -
Liban : à peine entré en vigueur, le cessez-le-feu fragilisé par Israël et le Hezbollah
Une trêve est entrée en vigueur entre Israël et le Liban à minuit, vendredi 17 avril. Mais celle-ci paraît fragile : en représailles des « actes d’agression » d’Israël, le Hezbollah a attaqué des soldats israéliens -
Affaire Mandelson/Epstein: à la suite de nouvelles révélations, Starmer appelé à démissionner
Londres - Plusieurs partis d’opposition ont appelé jeudi le Premier ministre britannique Keir Starmer à démissionner, après de nouvelles informations sur la nomination de l’ex-ambassadeur aux Etats-Unis Peter Mandelson malgré ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Le journal The Guardian a révélé jeudi que le ministère des Affaires étrangères avait accordé une habilitation de sécurité à Peter Mandelson pour ce poste en janvier 2025 malgré un avis défavorable du service chargé de contrôler ses antécédents. Des responsables du Foreign Office ont décidé d’aller «contre la recommandation» de ce service, a confirmé jeudi un porte-parole de Keir Starmer, qui a affirmé que ni le Premier ministre, ni aucun membre de son gouvernement «n'étaient au courant» de ces éléments «avant le début de la semaine». Le Foreign Office a dit jeudi par la voix d’un porte-parole «travailler en urgence» à apporter des réponses sur l’octroi de cette habilitation. Début février, Keir Starmer avait déclaré à la presse qu’un «contrôle mené de manière indépendante par les services de sécurité» avait permis à Peter Mandelson d’obtenir «l’habilitation nécessaire pour occuper ce poste». Le cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, a estimé jeudi sur X que «Starmer a trahi la sécurité nationale» et doit donc «démissionner». Le leader des libéraux-démocrates, Ed Davey, a lui affirmé que «si Keir Starmer a induit le Parlement en erreur et menti au peuple britannique, il doit partir». Le Premier ministre, qui a limogé Peter Mandelson en septembre 2025, a accusé l’ex-ambassadeur d’avoir «menti de manière répétée» à Downing Street sur l'étendue de ses liens avec le criminel sexuel. Cette affaire a fragilisé le chef du gouvernement britannique, cible de critiques depuis plusieurs mois en raison de sa décision de nommer à l’un des postes les plus prestigieux de la diplomatie britannique cet ami du financier américain décédé en prison en 2019. Le porte-parole de Keir Starmer a réaffirmé jeudi la détermination du gouvernement à publier les documents relatifs à la nomination de Peter Mandelson, dont une première partie a été rendue publique en mars. Ils ont permis d’apprendre que M. Starmer avait été averti du «risque réputationnel» posé par les liens de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein avant de le nommer. La police britannique a ouvert une enquête et perquisitionné deux résidences de l’ex-ambassadeur en février, après la publication de nouveaux documents tirés des dossiers Epstein, publiés fin janvier par le ministère américain de la Justice. Ces derniers suggèrent que Peter Mandelson aurait transmis au financier des informations susceptibles d’influer sur les marchés, notamment lorsqu’il était ministre dans le gouvernement de Gordon Brown, de 2008 à 2010. © Agence France-Presse