Chypre tente de corriger le tir sur les dépôts
La fatigue est mauvaise conseillère. Prise à une heure avancée de la nuit entre vendredi et samedi, la décision de taxer les dépôts bancaires à Chypre dans le cadre d’un plan de sauvetage de l’île a suscité une levée de boucliers dont les ministres des Finances européens n’avaient pas mesuré la violence. Un Eurogroupe s’est tenu en urgence hier soir par téléphone alors que Nicosie tentait d’amender le projet. Le parlement chypriote a reporté à aujourd’hui son vote, et les banques de l’île resteront fermées jusqu’à demain inclus.
Nul ne conteste en zone euro l’opportunité de taxer à 9,9% les dépôts supérieurs à 100.000 euros pour faire payer tous ceux qui ont profité des largesses du paradis fiscal chypriote, à commencer par les Russes. Mais l’application d’une simple règle de trois afin de lever au total 5,8 milliards d’euros a conduit à ponctionner 6,75% des dépôts inférieurs à 100.000 euros. Les dirigeants européens ont créé les conditions d’un «bank run» à Chypre en même temps qu’un nouveau foyer de déstabilisation en cas de crise dans un autre pays de la zone.
Au bout de 48 heures, hier, ils ont semblé prendre la mesure du problème après s’être mutuellement renvoyé la responsabilité de cet accord. Nikos Anastasiades a déclaré que le plan lui avait été imposé par l’Europe. Une version démentie par Wolfgang Schaüble, le grand argentier allemand: Berlin n’aurait pas proposé de taxer les dépôts inférieurs à 100.000 euros, même si l’accord a en définitive été avalisé par toutes les capitales. «C’est au gouvernement chypriote et à lui seul de décider s’il veut modifier la structure des contributions du secteur bancaire», a tempéré Jorg Asmussen, membre du directoire de la BCE. Hier soir, l’Eurogroupe a affirmé la nécessité de «garantir pleinement les dépôts inférieurs à 100.000 euros».
En l’état, le plan serait difficile à faire approuver à la majorité par le parlement chypriote. Il supposerait une ponction d’environ 2 milliards d’euros sur les dépôts de moins de 100.000 euros, selon les économistes, soit 10% environ du PIB, pour l’essentiel sur les ménages locaux. Le nouveau président, Nikos Anastasiades, ne dispose que de 20 sièges sur 56 à la chambre, avec en plus le soutien d’un parti minoritaire de 8 sièges.
Mais un rejet risquerait de couper les banques locales de la liquidité d’urgence fournie par la banque centrale et menacerait le système d’effondrement. Hier, Nicosie évoquait donc la possibilité d’exempter de la taxe les dépôts les moins élevés. Reuters citait le seuil de 20.000 euros, qui reste bien en dessous du plafond de la garantie des dépôts à 100.000 euros. Autre solution évoquée, une nouvelle modulation de la taxe: 3% sous 100.000 euros, 10% jusqu’à 500.000 et 15% au-delà. «Cela ne changera pas l’humeur des déposants chypriotes en colère», estime toutefois Alex White, économiste chez JPMorgan.
Les autres solutions ne sont guère plus aisées. Pour exempter totalement les dépôts inférieurs à 100.000 euros, il faudrait taxer à 15,6% les autres. «Le fardeau retomberait de manière disproportionnée sur les Russes», souligne Alex White. Difficile à faire alors que Moscou est aussi censé étendre les maturités d’un prêt de 2,5 milliards d’euros à Nicosie. Quant à obtenir une rallonge de la Troïka, il faudrait pour cela que Berlin opère une volte-face bien improbable.
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