Un sésame pour l’international
« J’ai cherché la formation et l’encadrement qui me donneraient les meilleures chances d’intégrer une des plus grandes banques d’investissement », confie Paul Lepeudry, 25 ans. Ce jeune diplômé de la promotion 2017-2018 du MSc International Finance d’HEC a visé juste en choisissant cette formation spécialisée. Il vient d’être recruté par Goldman Sachs à Londres en structuration. « L’embauche dans les banques d’investissement anglo-saxonnes est extrêmement compétitive ; c’est un processus long, laborieux, et il n’y a pas de recette miracle… Mais j’ai été réellement soutenu à toutes les étapes du recrutement, en particulier par Olivier Bossard, directeur exécutif du MSc », raconte le jeune banquier. Son témoignage traduit bien ce qui constitue l’un des grands atouts des formations françaises en finance : leur capacité à « placer » leurs élèves dans les grandes institutions financières, en France bien sûr, mais aussi à l’international. La marque des écoles de commerce tricolores est ainsi visible au-delà des frontières hexagonales, notamment à travers le classement annuel du Financial Times où plusieurs d’entre elles figurent dans le top 10 mondial des meilleures formations initiales en finance. Il faut dire qu’en une trentaine d’années, les cursus se sont beaucoup internationalisés en accueillant de plus en plus d’étudiants du monde entier. « Le pourcentage d’internationaux est en hausse constante, observe Olivier Bossard, professeur de finance à l’école de Jouy-en-Josas. Il est passé de 85 % à 88 %, puis 90 % en deux ans, tandis que le nombre de nationalités a explosé, passé de 30 il y a deux ans, à 33 l’an dernier et finalement 38 cette année. » A l’ESCP Europe, le mastère spécialisé (MS) finance reçoit « 40 % de candidatures d’étudiants non-français », indique Philippe Thomas, directeur scientifique du programme de l’école parisienne. « 60 % des candidats à notre “master in finance”sont internationaux, précise, pour sa part, Sridhar Arcot, professeur de finance à l’Essec. Ils viennent de Chine, d’Inde, d’Italie, du Maroc, du Liban, des Etats-Unis… »
Venus des quatre coins du monde, les élèves ont ensuite tendance à chercher leur premier emploi dans les grands centres financiers mondiaux. Les jeunes diplômés français ne font pas exception à la règle et s’orientent volontiers vers Londres. « Fin juillet, je vais commencer un “graduate” dans une banque américaine à Londres. C’est une des plus grandes places financières du monde, c’est presque un passage obligé pour tout jeune diplômé en finance ! », se réjouit Robin Lesage, 24 ans, diplômé du MSc Financial Markets de l’Edhec. Bientôt, Bertrand Leroy, du master en finance de l’Essec, intègrera, lui aussi, un « graduate » dans la capitale anglaise en tant que sales, gaz & électricité, au sein d’une grande banque américaine. « Londres reste une place de référence. Je m’y vois travailler quelques années », glisse le jeune homme, également diplômé de l’Insa Rouen. « On part six mois avec toute la promotion à Londres. On vit ensemble là-bas, on crée des amitiés, c’est une expérience marquante », témoigne Grégoire Louisy du MS Finance de l’ESCP qui vient de décrocher, à Londres évidemment, un « off cycle » (contrat de trois mois renouvelable une fois) dans une banque anglo-saxonne. Les écoles entretiennent des relations étroites avec la City. L’ESCP y a un campus, et le mois dernier, HEC y a organisé son voyage d’études. « Nous avons visité 43 établissements financiers, incluant pas moins de 14 nouveaux partenaires cette année. Nos étudiants ont pu découvrir non seulement 16 grandes banques d’investissement, mais aussi quatre “boutiques” spécialisées en fusions-acquisitions, neuf fonds d’investissement, deux hedge funds et 11 firmes spécialisées en gestion d’actifs, recherche ou analyse financière », énumère Olivier Bossard.
Adaptation
L’autre grande force des écoles françaises est le lien qu’elles entretiennent avec le secteur de la finance, en particulier avec des professionnels, ce qui leur permet d’adapter en permanence leurs cursus selon les évolutions qui touchent les métiers. « En 2018-2019, nous proposerons un certificat en “financial analytics” avec des cours de finance, d’analyse de données et sur les fintech », déclare Sridhar Arcot de l’Essec. « Nous introduisons trois nouveaux cours électifs cette année, dévoile Olivier Bossard. Investissements en créances sinistrées (« Distressed Investment »), animé par Guy Stear, responsable de la stratégie émergents et crédit à la Société Générale ; un autre cours sur les fonds d’investissement privés, et enfin un troisième cours sur la finance entrepreneuriale. » Les réseaux d’anciens sont aussi de véritables tremplins au moment de la recherche de stages ou d’un emploi. « On ne se fait pas uniquement des amis, on se crée un réseau soudé et puissant. On apprend par les autres, et c’est une entraide efficace et productive », témoigne Paul Lepeudry. « C’est par le biais du réseau de l’Essec que j’ai eu accès à l’offre de graduate et que j’ai pu entrer en contact avec le manager qui recrutait, raconte Bertrand Leroy. Cela m’a beaucoup aidé car je n’avais pas du tout d’expérience en finance mais plutôt dans l’industrie comme je suis passé par une école d’ingénieur. » Les formations incluent des sessions de préparation au recrutement des banques, très formalisé et en plusieurs étapes. A l’Edhec, les étudiants sont immédiatement mis « dans le bain », comme l’explique Jérôme Troiano, directeur du Career Centre Financial Economics Track : « Les processus de recrutements des établissements bancaires sont plus longs et démarrent plus tôt dans l’année. C’est pourquoi, avant même qu’ils arrivent sur le campus, nos élèves sont contactés dès l’été pour préparer les documents écrits, les entretiens vidéos, les entretiens “blancs” à l’oral ; nous avons aussi sur le campus un “assessment center” qui mène des entretiens de groupe et individuels, tout se déroule en anglais, avec un dispositif similaire à celui des banques. »
Actuellement en plein recrutement pour leurs promotions 2018-2019, les programmes spécialisés en finance ne manquent pas de candidats. « Nous avions décidé de maintenir les effectifs à une centaine cette année (98 très exactement), mais nous envisageons de passer à 110 l’an prochain », indique Olivier Bossard, qui avait reçu, pour la promotion 2017-2018, un peu plus de 1.900 candidatures. L’ESCP Europe et l’Essec en recevront, pour leurs prochaines classes de 2018-2019, environ 500 chacune pour constituer des promotions d’à peu près 80 étudiants. « Nous souhaitons garder un groupe à taille humaine, où la relation directe et personnelle avec les élèves est possible, tout comme la création d’un réel esprit de “promo”, donc nous restons aux alentours de 80, ce qui permet de mieux accompagner individuellement les élèves pour leur insertion », justifie Philippe Thomas de l’ESCP. A l’Edhec, Jérôme Troiano constate « une hausse de 30 % environ des candidatures pour la filière finance sur un an glissant ». Les dossiers des postulants sont étudiés sur la base de la qualité du parcours académique, des résultats aux tests de type GMAT(Graduate Management Admission Test ) et du projet professionnel. Le « plus » est clairement d’avoir réalisé des stages ou des expériences entrepreneuriales. « Je favorise énormément les étudiants ayant déjà acquis une expérience valorisante sous forme de stages (en année de césure par exemple) et ayant pour certains un plan de carrière déjà mûrement réfléchi et articulé », précise Olivier Bossard. Il va d’ailleurs accueillir de beaux profils dans son MSc : « Cinq polytechniciens, une étudiante de l’Ecole normale supérieure d’Ulm, trois “double-diplômes” HEC-Ensae, et de nombreux diplômés d’écoles d’ingénieur françaises comme Mines, Ponts, Arts et Métiers, Télécom Paris et Centrale », se réjouit le professeur d’HEC.
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