La BCE demande aux banques de revoir leur modèle économique
Le président de la BCE s’inquiète du trop grand nombre de banques, nuisible à la rentabilité des établissements de crédit. «La trop grande taille du secteur bancaire (overbanking) est aussi un facteur explicatif de la faible profitabilité actuelle des banques», a déclaré Mario Draghi hier en ouverture de la conférence annuelle du Comité européen du risque systémique (ESRB). «La taille de certains secteurs bancaires nationaux et l’intensité de la concurrence qui en découle exacerbe la pression sur les marges», souligne le banquier central.
Alors que le taux de dépôt de la BCE est négatif depuis l’été 2014 et fixé à -0,40% depuis le printemps, Mario Draghi reconnaît que les taux bas peuvent peser sur les marges des établissements. «En même temps, les banques peuvent profiter d’une réévaluation de leur portefeuille obligataire, souligne-t-il. Qui plus est, la profitabilité est soutenue par des flux de crédit plus importants et par des provisions sur les prêts plus faibles que celles qu’on aurait connues sans une politique monétaire accommodante».
La BCE estime donc que, dans l’ensemble et à court terme, les avantages de sa politique monétaire compensent ses effets sur les revenus bancaires. «Cette analyse varie, selon les modèles économiques des banques», nuance Mario Draghi qui appelle les établissements à faire un examen de conscience. «Dans le contexte général d’une trop grande taille du secteur bancaire et d’innovations technologiques, certaines banques doivent revoir leur modèle économique pour renforcer leur profitabilité». D’autres membres de la BCE ont appelé explicitement à une consolidation - l’Allemagne et l’Italie, où subsistent un grand nombre de petits prêteurs, sont clairement visés.
Sans renier le rôle vital que jouent les banques pour le financement des PME, celui qui est aussi président de l’ESRB souligne que «le crédit bancaire a une tendance à être pro-cyclique : il augmente trop rapidement quand l’économie croît et s’effondre radicalement quand l’économie se contracte». Alors que le secteur bancaire européen a grandi plus vite que celui des marchés de capitaux au cours des deux dernières décennies, la BCE soutient pleinement le projet d’Union des marchés de capitaux, promu par la Commission européenne. «Il vaut mieux financer l’économie réelle via plusieurs canaux plutôt que de compter sur un seul. Les marchés de capitaux en particulier peuvent jouer le rôle utile de roue de secours», estime Mario Draghi.
Plus d'articles du même thème
-
Les banques suédoises sont accusées d’orienter les épargnants vers des fonds à frais élevés
Les quatre grandes banques suédoises continuent d’orienter leurs clients vers leurs propres fonds à frais élevés, alors même que ces produits sous-performent systématiquement leurs indices de référence. C’est ce que dénonce Patrick Siegbahn, de Småspararguiden (une plateforme suédoise indépendante de conseil financier aux particuliers), qui s’exprime dans une chronique publiée sur Placera. -
Bpifrance innove avec les premières obligations ESN dédiées aux PME
La banque publique a réussi le 9 juin une émission inaugurale stratégique d’«European Secured Note» (ESN). Ce programme-test pourrait ouvrir une nouvelle voie dans le financement des PME, si important pour la Commission européenne dans le cadre de l’Union des marchés de capitaux. -
L'euro numérique passe son baptême du feu au Parlement européen
Après un report d'un mois, la Commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen a voté en faveur de l'euro numérique.
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- «Les anticipations de résultats sur le S&P 500 laissent entrevoir un potentiel de surprises positives»
- Accenture ravive les craintes sur l’IA et enfonce Capgemini dans le rouge
- L’environnement de marché est moins favorable à l’or
- Maisons du Monde s’apprête à passer sous le contrôle de deux fonds britanniques
- Nickel lance un compte pour les pros
Contenu de nos partenaires
-
Lignes de fondUne évolution est nécessaire à la Fed plutôt qu’une révolution
Rappeler que les marchés ne sont pas un terrain de jeu sans risque n’est pas mal venu. Mais tout dépendra du rythme. Or, Kevin Warsh veut aller vite, trop vite -
« J'en prends acte » : revers d'Emmanuel Grégoire devant la convention citoyenne sur le périscolaire
Mardi soir, la convention citoyenne sur les rythmes scolaires s’est largement prononcée en faveur du retour à la semaine de 4 jours pour les enfants, tandis que l’actuel édile défend la semaine à 4,5 jours. -
Tribune libreQuand l’IA décide des prix : un défi majeur pour les dirigeants
Jusqu’où l’IA peut-elle prendre des décisions à la place des dirigeants ? A mesure que l’ère agentique s’installe, cette question devient un enjeu central de gouvernance pour les entreprises