Bruxelles avance à pas comptés sur l’harmonisation du droit des faillites
C’est un demi-progrès : les ministres de la Justice, réunis aujourd’hui à Luxembourg, doivent officiellement acter leur position sur le projet de directive relative à l’harmonisation des procédures d’insolvabilité des entreprises - un projet présenté fin 2016 par la Commission européenne. Mais l’accord ne concernera qu’une partie du texte - celle visant à donner une «seconde chance» aux entrepreneurs en leur accordant une décharge sur leur dette au bout de trois ans. L’autre partie - qui crée un cadre de restructuration des dettes - est encore en travaux au niveau des experts. Elle pourrait faire l’objet d’un accord à la prochaine réunion de ministres de la Justice, prévue en octobre 2018.
«On parle d’harmoniser des procédures très nationales, c’est un travail très complexe, c’est normal que cela prenne autant de temps», explique une source impliquée dans le dossier. Problème : le calendrier est très court. Même si la date butoir d’octobre 2018 est respectée, les Etats devront encore négocier un compromis final avec le Parlement européen, qui ne progresse que très lentement sur le sujet - le travail y serait même «bloqué» selon un lobbyiste bruxellois. Et même s’il se débloque, l’accord final devra être négocié avant que les parlementaires ne quittent leur siège pour préparer les élections européennes de mai 2019 - c’est-à-dire autour de mars 2019.
Par ailleurs, l’accord d’aujourd’hui devrait être accueilli un peu froidement par les ministres des Finances, qui auraient préféré des progrès sur la partie du texte liée aux restructurations. «Ce sont ces clauses qui permettent de lutter contre la formation de prêts non performants - actuellement une priorité européenne. Mais il s’agit d’un sujet relevant des ministres de la Justice, qui ont visiblement d’autres priorités», résume une source européenne qui a suivi les discussions de l’Ecofin sur le sujet.
Les banques mécontentes
Le projet de directive préoccupe aussi les lobbys bancaires, qui se sont plaints dès la présentation du texte d’une orientation trop en faveur des entreprises endettées. Ils critiquent notamment la décharge totale de dette après trois ans qui doit être actée aujourd’hui. Le lobby bancaire poussait notamment pour conditionner systématiquement cette décharge au repliement d’une partie de la dette. Sans avoir eu gain de cause.
Plus d'articles du même thème
-
Reformater l’Allemagne, acte II
En engageant des réformes structurelles importantes, l'Allemagne a lancé un pari audacieux dont certains résultats ne seront réellement visibles que sur le long terme. Gilles Moëc, le chef économiste du groupe Axa, considère néanmoins que cela pourrait inspirer d’autres pays européens. -
Les récoltes de maïs français seront en fort recul cette année
La France subit une combinaison de facteurs climatiques et économiques qui auront pour conséquence une réduction importante de la production de maïs et une hausse probable des prix. -
Un riche programme pour la première réunion de l’Eurogroupe sous présidence irlandaise
L’Eurogroupe se réunit les 9 et 10 juillet à Bruxelles et doit aborder d’importants sujets économiques et financiers comme le rôle international de l’euro ou la future fonction de supervision de l’Esma.
ETF à la Une
La Corée du Sud suspend la cotation des ETF à effet de levier
- Les créanciers d’Altice International contre-attaquent
- L'Europe se prépare à alléger les exigences en capital de ses banques
- Axa sort du capital d’Ardian au profit des Assurances du Crédit Mutuel et de Wafra
- Le secteur du luxe amorce une reprise au deuxième trimestre
- Le secteur technologique donne des signes de craquements en Bourse
Contenu de nos partenaires
-
EXCLUSIF CapitalisationSouveraineté industrielle : l'urgence de la capitalisation
Après le rachat de LMB Aerospace par un groupe américain, Sébastien Lecornu avait chargé trois parlementaires d'évaluer l'arsenal français dans un contexte de guerre économique mondiale. L'Opinion dévoile en exclusivité leurs recommandations -
Bouche-trouParis : logements vacants et meublés de tourisme surtaxés dès 2027
Le Conseil de Paris a voté la semaine dernière deux nouvelles mesures fiscales défavorables aux propriétaires, alors que les recettes sont plombées par un marché immobilier atone -
EditorialAvantage en nature chez EDF : le scandale des rentiers de l'Etat-providence
La France soi-disant ultra-libérale est bonne fille : ce droit octroyé en 1947 n'a pas été révisé depuis 1951