La justice renchérit le coût des packages de dirigeants de LBO
L’administration fiscale s’en prend régulièrement aux «management packages» dont bénéficient les dirigeants qui investissent aux côtés des fonds lors d’opérations de rachat à effet de levier (LBO). Elle requalifie en revenus les plus-values en capital réalisées à la sortie, avec la bienveillance des tribunaux administratifs. La justice vient de pousser la logique en matière sociale. Dans un arrêt du 6 juillet, la cour d’appel de Paris a donné raison à l’Urssaf Ile-de-France qui avait décidé de soumettre à cotisations sociales les plus-values engrangées par plusieurs dirigeants de la société Lucien Barrière. La décision, qui confirme le jugement de première instance du tribunal des affaires sociales, constituerait une première, selon des avocats.
Lors de la création du nouveau groupe Lucien Barrière en 2004 par la famille Barrière Desseigne, Accor et le fonds Colony Capital, six dirigeants avaient eu droit à des bons de souscription d’actions (BSA). Ceux-ci avaient été exercés en 2009 lors de la sortie de Colony, avec une plus-value de 2,9 millions d’euros à la clé. L’Urssaf a estimé qu’elle devait être assujettie à cotisations sociales, payables par l’entreprise.
Pour en juger, la cour d’appel s’est fondée sur l’article L. 242-1 du Code de la Sécurité sociale. «Pour le calcul des cotisations des assurances sociales, des accidents du travail et des allocations familiales, sont considérées comme rémunérations toutes les sommes versées aux travailleurs en contrepartie ou à l’occasion du travail», dispose cet article.
Une assiette très large
Les juges ont considéré que la souscription des BSA était réalisée en contrepartie ou à l’occasion d’un travail et ne constituait pas un simple investissement financier. Ils en veulent pour preuve les clauses du contrat rédigé à l’époque : en cas de départ pour raisons personnelles ou en cas de licenciement ou d’absence de renouvellement de son mandat social, chaque dirigeant s’engageait à céder ses BSA à la société. «Un lien est affirmé entre, d’une part, l’attribution de BSA et le maintien de ceux-ci et d’autre part, l’existence et le maintien d’un contrat de travail ou d’un mandat social. La plus-value potentiellement dégagée est donc bien en contrepartie ou à l’occasion d’un travail», selon l’arrêt.
La cour d’appel s’est aussi penchée sur la notion d’«avantage accordé » qui qualifierait la plus-value et motiverait son assujettissement aux cotisations sociales. Sa conclusion prête à polémique. L’avantage se matérialise et se quantifie non pas à la date de souscription des BSA, mais seulement «au moment de la cession, par la différence entre le prix d’achat et le prix de vente». En retenant la date de 2009 et non celle de 2004, les juges écartent au passage les demandes de prescription.
«La cour d’appel considère dans cette affaire que l’avantage accordé correspond à l’intégralité du gain réalisé à la sortie, analyse Jérôme Commerçon, associé du cabinet Scotto & Associés, qui n’est pas partie prenante à l’affaire. Cette approche, qui aboutit à retenir une assiette de cotisations sociales très large, est extrêmement discutable, à la fois juridiquement et économiquement. Par comparaison, les juridictions administratives tendent à raisonner de manière plus circonstanciée en matière fiscale.»
Le cas devrait se retrouver devant la Cour de cassation. D’ici là, il est peu probable que les management packages évoluent, mais les fonds de private equity pourraient intégrer dans leur analyse des entreprises ce risque de redressement de charges sociales.
Plus d'articles du même thème
-
Turenne Groupe entre au capital d’Aircraft Cabin Leader
Le fonds Nov Relance Impact réalise son dernier investissement en prenant une participation dans un spécialiste français de la maintenance aéronautique, confirmant la vitalité du secteur. -
Tikehau cherche à s'adjoindre un nouveau partenaire stratégique
La société d'investissement tricolore a mandaté une banque d'investissement pour l'aider dans sa quête d'un nouvel actionnaire minoritaire au capital de Tikehau IM, sa filiale de gestion d’actifs portant l’activité de gestion pour compte de tiers du groupe. -
Le FEI soutient la diversité entrepreneuriale en Suède
Le fonds européen d’investissement s’est engagé à verser 20 millions d’euros pour inclure davantage de femmes et de fondateurs issus de l'immigration dans les circuits du capital-investissement
ETF à la Une
La collecte des ETF obligataires bondit de 60% début octobre en Europe
- Les fonds de private equity réduisent leurs commissions pour attirer les investisseurs
- Circet échoue dans son plan de refinancement de 3 milliards d’euros
- Pascal Christory (BNP Paribas Asset Management Alts) : « Nous disposons de plusieurs leviers pour accélérer »
- Tikehau cherche à s'adjoindre un nouveau partenaire stratégique
- EDF va céder au fonds Hy24 sa filiale d'hydrogène Hynamics
Contenu de nos partenaires
-
La Fabrique de l'OpinionComment les catastrophes naturelles relancent le débat entre décroissants et technosolutionnistes
Canicules, méga-feux, glacier effondré : l’été a ravivé le procès du progrès. A moins d'un mois de la COP31 sur le climat qui aura lieu à Antalya, en Turquie, les « éco-modernistes » répondent aux partisans du « retour à la nature » en réclamant plus de technologie, du nucléaire à la géo-ingénierie -
Tribune libreUn marché carbone ambitieux, c’est 3 milliards d’euros par an en plus dans le budget de l’Etat
Plus de trente organisations en faveur des technologies propres demandent au gouvernement français de défendre à Bruxelles une réforme ambitieuse du marché carbone européen, qui fait l'objet de plus en plus d'attaques liées à la crise énergétique -
Elon Musk ou le Pentagone : qui a coupé les renseignements américains aux Ukrainiens ?
Alors que le Pentagone nie toute implication dans la suspension du réseau satellitaire à Kiev, le milliardaire Elon Musk aurait agi unilatéralement, selon la Maison Blanche