Carrefour a toujours faim d’acquisitions
L'échec des discussions avec Couche-Tard n’a pas paralysé Carrefour. Trois mois seulement après avoir jeté son dévolu sur la centaine de boutiques de Bio c’Bon, le distributeur aimerait repasser à l’achat dans l’Hexagone. Comme L’Agefi le révélait en fin d’année dernière, le numéro un français de la grande distribution réfléchirait bel et bien à réaliser l’une des plus grosses opérations de son histoire en se rapprochant de l’enseigne Grand Frais.
Le groupe dirigé par Alexandre Bompard est, selon nos informations, épaulé par BNP Paribas pour l’accompagner dans ses échanges avec les actionnaires de Prosol – le pôle fruits et légumes, poissonnerie et crèmerie de l’enseigne. «La direction financière de Carrefour insiste de plus en plus auprès des investisseurs et des analystes sur la volonté du distributeur de réaliser des acquisitions tactiques dans les pays où il est déjà présent, après les rachats de magasins Wellcome à Taiwan, Supersol en Espagne et Makro au Brésil intervenus en 2020», relève Nicolas Champ, analyste chez Barclays.
«Avec Carrefour, je positive»
Le prix à débourser risque cependant d’être une pilule difficile à avaler pour les actionnaires du groupe longtemps affublé du slogan «Avec Carrefour, je positive». Selon certaines sources, un chiffre compris entre 3 et 4 milliards d’euros pourrait être demandé par Ardian – actionnaire majoritaire de Prosol depuis le LBO à 1,4 milliard d’euros réalisé il y a trois ans – et Denis Dumont, fondateur de ce pôle très convoité. «Le ratio de valorisation de Carrefour est infiniment plus bas que celui de Prosol, qui n’est en plus qu’une pièce dans le découpage par pôle de Grand Frais. Le conseil d’administration du groupe ne va pas être simple à convaincre», estime un investisseur. Prosol générerait actuellement près de 160 millions d’euros d’Ebitda, mais tablerait sur une croissance embarquée comprenant 20 à 25 ouvertures de nouveaux magasins par an qui ferait à terme gonfler l’excédent brut d’exploitation à près de 300 millions.
Outre Prosol, l’enseigne est constituée d’un pôle épicerie baptisé Euro Ethnic Foods (EEF) et d’un autre dédié à la boucherie, exploité par la famille Despinasse. En novembre 2020, EEF a été racheté plus d’un milliard d’euros par PAI Partners. Un actif qui présente une marge de près de 20% (sensiblement plus élevée que celle de Prosol), soit 80 millions d’euros d’Ebitda. Celui-ci n’est donc a priori plus à vendre. Un point compliquant de facto le scénario d’un rachat global de l’enseigne Grand Frais par Carrefour, dans l’immédiat. D’autant que PAI Partners avait l’ambition de se porter acquéreur de Prosol, avant d’être «blacklisté».
Advent, Bain, CD&R… mais pas 2MX
Selon plusieurs sources, PAI Partners ne serait en effet pas le bienvenu dans l’enchère que prévoient prochainement d’animer Morgan Stanley et Amala Partners. «Evincer l’acquéreur naturel permet aux cédants d’offrir plus de latitude aux autres candidats potentiels», analyse un proche du dossier. Plus surprenant, 2MX, la holding d’investissement cotée lancée par Xavier Niel, Mathieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari, aurait aussi été placée sur le banc de touche. Selon certaines sources, Denis Dumont n’aurait en effet pas apprécié de voir les géniteurs du Spac s’épancher dans la presse quant à une probable candidature au rachat de Prosol. Installé en Suisse, l’homme d’affaires lyonnais à l’origine de la pépite tricolore de l’agroalimentaire est réputé pour sa grande discrétion. Un profil à des années lumière de celui de Matthieu Pigasse et Xavier Niel, entre autres actionnaires du quotidien Le Monde. Par ailleurs, les 300 millions d’euros levés par 2MX pourraient s’avérer insuffisants pour réaliser l’opération. Avec cette somme, la structure du trio peut prétendre à une cible valorisée près de 2 milliards d’euros. Voire un peu plus en jouant sur les leviers par la dette, par un potentiel réinvestissement significatif des cédants ou une nouvelle augmentation de capital.
La priorité serait ainsi actuellement donnée aux géants du private equity. Dans les starting-blocks figureraient notamment Bain Capital, Clayton Dubilier & Rice et Advent International – lequel a recruté le banquier vedette Erik Maris fin 2020. Reste à savoir si ses fonds américains ne se retrouveront pas confrontés à un droit de veto de Bercy, comme Couche-Tard en a fait récemment l’expérience avec Carrefour.
Plus d'articles du même thème
-
Le GIC renouvelle sa mise sur Wealthsimple
Le fonds souverain singapourien (GIC) a signé un accord avec la plateforme de gestion de patrimoine en ligne Wealthsimple pour réaliser un nouveau tour de table qui la valorise près de 9 milliards d'euros. -
Providence Equity Partners donne un coup d'accélérateur à la consolidation du secteur des clubs de sport
Déjà propriétaire de la chaîne ibérique VivaGym, la société d'investissement rachète le français Fitness Park à son fondateur Philippe Herbette et aux fonds Future French Champions, Momentum Invest et M Capital Partners. -
Le Texan Disruptive clôt l’un des plus grands fonds de venture de 2026
Fondé en 2012 par Alex Davis, descendant d’un célèbre magnat du pétrole, Disruptive boucle un véhicule de 10 milliards de dollars pour accompagner plus longtemps avant leur éventuelle cotation de futurs leaders de l’intelligence artificielle, des infrastructures numériques et de la défense.
ETF à la Une
BlackRock accélère le développement de sa gamme d’ETF obligataires actifs
- Impuissant à stopper l'hémorragie de talents, le cabinet Weil se résout à la dissolution
- Christophe Bavière devient seul président du directoire d’Eurazeo
- Eurazeo opte pour une direction resserrée pour sortir du piège de la décote
- L'assureur en déroute Wakam passe sous pavillon américain
- Advent pulvérise son record de levées de fonds
Contenu de nos partenaires
-
Iran : en cas de nouveau bombardement, Mojtaba Khamenei menace les Etats-Unis d’une « riposte sans limite géographique »
Les déclarations de Mojtaba Khamenei, le Guide suprême iranien, ont eu lieu samedi 31 octobre, alors que des efforts diplomatiques sont en cours pour tenter d’éviter la reprise des hostilités avec les Etats-Unis. Une délégation qatarie a ainsi rejoint Téhéran vendredi -
Mobilisation du 31 octobre : les défilés sont globalement calmes dans les grandes villes, la situation se tend à Marseille
Près de 150 défilés sont prévus en France pour la défense du pouvoir d’achat. Des manifestations ont lieu à Paris, Lyon, Marseille, Nice, Nantes, Guéret, Pau, etc. Les autorités ont mobilisé 70 000 policiers et gendarmes pour assurer l’ordre public -
Brésil : Flavio Bolsonaro affirme avoir quitté son pays afin de fuir une « persécution »
Après sa défaite à l'élection présidentielle brésilienne, Flavio Bolsonaro a légitimé sa fuite du Brésil. « La persécution a commencé même plus tôt que je ne l’imaginais », a assuré le sénateur lors d’un direct sur Instagram