Bpifrance défend le bilan du Fonds national d’amorçage
«Start-up : le Fonds national d’amorçage (FNA) ne fait pas le job.» Tel était le titre volontairement provocateur qu’avait choisi la fondation Ifrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), dans l’une de ses publications de 2019. L’institut s’émouvait alors de la faible plus-value de cette intervention publique d’ampleur, conçue en 2011 pour pallier la défaillance du marché privé en matière d’amorçage de start-up. Une émotion que ne partage pas Bpifrance, bien décidée à dresser son propre bilan, dix ans après la constitution du FNA.
Depuis son lancement, 37 fonds dédiés à l’amorçage ont été alimentés à hauteur de 755 millions d’euros, parmi lesquels 360 Capital, Advent France Biotechnology, Auriga, Demeter, Elaia, Frst, Inserm Transfert ou bien encore Innovacom et Karista. Le tout à hauteur de 755 millions d’euros, sur une enveloppe globale de 1,1 milliard d’euros mobilisée par le Programme des investissements d’avenir (PIA). «Lors du lancement du FNA, les équipes de gestion françaises étaient très peu nombreuses à se lancer dans l’amorçage, tout était à faire. Dix ans plus tard, on peut considérer qu’on a maintenant une infrastructure de financement d’amorçage en France tout à fait opérationnelle», se félicite Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance.
Le soutien de la banque publique a permis de créer un puissant effet de levier. Pour 1 euro apporté par le FNA, 8 euros ont été levés par les sociétés en portefeuille, relate-t-elle. Ainsi, grâce aux 755 millions investis, les fonds lancés par les gérants ont pu collecter 1,7 milliard d’euros – somme ayant elle-même contribué à alimenter les levées des start-up qui se sont élevées à 6,3 milliards d’euros.
L’attrait des investisseurs privés
Si, historiquement, le FNA avait été notifié à Bruxelles en raison de taux de détention pouvant atteindre 50% dans certains fonds, la capacité à mobiliser les «limited partners» (LPs) privés est à souligner. Le taux d’emprise moyen du FNA était de 48% entre 2011 et 2015, mais a chuté à 38% entre 2016 et aujourd’hui. Les investisseurs privés répondent à l’appel, en raison de performances qui n’ont eu de cesse de s’améliorer au cours des dernières années. Sur les 29 fonds alimentés par le FNA 1 (d’une taille de 600 millions d’euros), 55% d’entre eux présente une valeur totale rapportée (TVPI) supérieur à 1 fois et 66% ont généré de la liquidité aux LPs. Dans le même temps, le multiple brut du portefeuille du FNA est aujourd’hui de 1,9 fois… notamment en raison de l’inflation des valorisations dans la tech.
Ce portefeuille compte à ce jour quatre licornes représentées par la marketplace Mirakl, le distributeur de vidéos Jellysmack et les assurtechs Alan et Shift Technology – dont l’augmentation de capital de 220 millions de dollars réalisée au printemps lui a permis de faire entrer Advent International dans son actionnariat. «Le FNA a vocation à perdurer, explique Nicolas Dufourcq. Le financement en aide à l’innovation est similaire à un tas de sable. Pour avoir des licornes à son sommet, il faut constamment l’alimenter avec des ressources humaines et financières.» Et les acteurs privés acceptent de prendre un risque bien réel. Sur les entreprises des 37 fonds soutenus par le programme, 40% ont été liquidées. Enfin, sur celles ayant fait l’objet d’un rachat, 60% l’ont été sur la base d’une valorisation inférieure à celle de l’investissement initial.
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