Tempête sur les cryptomonnaies
Ces derniers jours, une vague de panique a emporté les investisseurs en cryptomonnaies. L’indice Bloomberg Galaxy Crypto a plongé à 1.557 points alors qu’en début d’année, il dépassait le plafond des 2.700 points. En quelques mois, la valorisation du marché des cryptos a fondu de moitié. Courant mai, la reine des cryptos, le Bitcoin, est passé sous la barre des 30.000 dollars, entrainant une vague de corrections sur l’ensemble des cryptomonnaies. Depuis, le Bitcoin s’est stabilisé autour de ce seuil: le vent de panique semble s’être calmé.
Si la corrélation entre le Bitcoin et les autres cryptomonnaies était connue des investisseurs, ces dernières semaines ont démontré, une nouvelle fois, la très forte corrélation des monnaies numériques avec les valeurs de la tech américaine. D’une part, les cryptoactifs et le Nasdaq ont profité des politiques monétaires très accommodantes des banques centrales. L’excès de liquidités sur les marchés a soutenu ces actifs durant l’ère Covid. D’autre part, les sociétés de la tech américaine sont exposées aux cryptomonnaies. Certaines d’entre elles, dont Tesla, ont placé une partie de leur trésorerie en cryptomonnaies. La firme automobile a ainsi annoncé détenir près de 2 milliards de dollars en Bitcoin et a proposé un temps à ses clients américains de régler leur achat en Bitcoin.
Démocratisation des crypto-actifs
Depuis, le contexte économique et géopolitique, marqué par un ralentissement de la croissance et le retour d’une inflation élevée, oblige les banques centrales à opérer un resserrement monétaire. La FED a annoncé une hausse historique de son taux directeur et la BCE devrait suivre la décision américaine en juillet en réalisant sa première remontée des taux depuis 2011. L’ère de l’argent gratuit semble derrière nous. La lutte contre l’inflation étant à nouveau la préoccupation des banques centrales.
Alors que les investisseurs institutionnels plaçaient une part de leurs liquidités sur les crypto-monnaies, le changement de cap de la politique monétaire de la FED et de la BCE induit de nouveaux arbitrages dans les portefeuilles. Avec la remontée des taux américains, les investisseurs institutionnels sécurisent leurs positions sur les obligations américaines en se désengageant des actions mais aussi des cryptos-actifs amplifiant dès lors le mouvement baissier observé ces derniers jours.
Car c’est bien un mini crack qui a été observé sur les cryptos. Sur la première quinzaine de mai, le Bitcoin a chuté, passant de 40.000 dollars pour se stabiliser aujourd’hui autour des 29.000 dollars. Un seuil technique important pour cet actif. Les professionnels de cette classe d’actifs perçoivent en effet deux scénarios dans un futur proche. Un scénario optimiste avec une stabilisation sur le seuil des 29.000 dollars en anticipant une hausse. Cette possibilité peut s’avérer intéressante pour se créer une position et la renforcer. Le second scénario anticipe une nouvelle chute des cryptos avec une glissade du Bitcoin vers les 25.000 dollars.
Des stablecoins instables
Le caractère très volatil des cryptomonnaies avec des phases haussières et baissières régulières et importantes attire les investisseurs particuliers en recherche de gains rapides. Selon une étude de la BCE, jusqu’à 10 % des ménages pourraient détenir des cryptomonnaies en zone euro avec néanmoins des proportions différentes selon les pays, une exposition limitée et une légère prédominance des avoirs modestes inférieurs à 1.000 euros.
Cette caractéristique offre une certaine protection aux investisseurs privés qui s’avère nécessaire comme en témoigne la chute du protocole Luna avec le stablecoin UST qui a détruit 40 milliards de valeur en seulement quatre jours. L’évènement est un séisme dans la communauté crypto. Le Terra, comme d’autres stable-coins, a plongé malgré son algorithme et un jeu d’arbitrage censés maintenir sa valeur autour de 1 dollar. Pour assurer la parité avec le dollar et renforcer la solidité du protocole, la fondation Luna avait récemment constitué une réserve de 1,5 milliard de dollars en Bitcoin. Face au mouvement baissier, la fondation Luna a liquidé la totalité de ses avoirs en Bitcoin pour tenter de préserver la valeur de son stablecoin l’UST, en vain. Le sous-jacent fiduciaire n’aura pas suffi à protéger le stablecoin entrainant dans son sillage les autres cryptomonnaies, le Bitcoin en tête.
Au-delà de cette mésaventure algorithmique, c’est le principe même des stablecoins algorithmique qui est remis en cause. La promesse d’émettre une monnaie digitale stable, basée seulement sur un algorithme, pour réaliser des transactions s’est envolée en même que la valorisation de l’écosystème Luna/UST.
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