«La BCE achète du temps»
Tribune parue sur l’AgefiCommunautés
La modification du Quantitative easing de la BCE représente d’une certaine manière un aveu d’impuissance. L’institution ne peut pas continuer à racheter de la dette sur le même rythme alors que les perspectives d’inflation le justifieraient. Les prévisions d’inflation pour 2018 ont été revues à la baisse (1,5% contre 1,6%). Surtout, Mario Draghi a insisté sur le fait que le niveau d’inflation attendu pour 2019 (1,7%) ne correspondait pas aux objectifs, renvoyant la réalisation de ceux-ci à 2020.
Mario Draghi a d’ailleurs beaucoup insisté en conférence de presse sur le fait que la BCE ne faisait pas de «tapering». Résultat, en septembre 2017 les mêmes questions se poseront sur une suite du programme - à moins d’une accélération soudaine de l’activité - que lors de la réunion du 8 décembre.
Sur l’architecture du programme, l’allongement du niveau des rachats sur neuf mois mais abaissé à 60 milliards d’euros par mois ne modifie pas grand-chose aux attentes initiales d’un programme à 80 milliards par mois mais prolongé de six mois seulement. Si ce n’est qu’il permet d’agir sur une durée plus grande, l’objectif de l’institution. L’insistance de Mario Draghi sur le fait que la diminution des achats mensuels n’est pas une amorce de «tapering» semble indiquer que les banquiers centraux ont surtout «acheté du temps». Le risque de pénurie des titres a quant à lui été traité par un abaissement à un an du niveau de maturité des titres éligibles à la politique d’achat.
L’un des éléments les plus surprenants concerne toutefois l’annonce du rachat de titres sous le seuil du taux de dépôt de -0,4% si nécessaire. Si la BCE est amenée à utiliser cette arme, les banques centrales nationales vont enregistrer des pertes d’exploitation, ce qu’a confirmé Mario Draghi en conférence de presse.
L’allongement du programme ainsi que la baisse des taux des titres éligibles aux rachats ont été préférés à l’hypothèse d’augmenter la part des lignes éligibles que les banques centrales nationales peuvent acheter (au-delà de 33% de l’encours) en raison de risques juridiques attachés à cette dernière option.
Ces décisions nous semblent plus correspondre à une adaptation provisoire aux contraintes qui s’exercent sur la bonne marche du QE. Aucune réponse n’a été apportée sur le fond. Les récents débats sur l’avenir de la politique monétaire après la fin du programme d’achats d’actifs reviendront, au plus tard dans neuf mois.
Plus d'articles du même thème
-
L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
A quel point l’offre d’Intesa sur Monte dei Paschi (MPS) change-t-elle la donne pour Axa ? Dans un scénario où Intesa réussit à mettre la main sur la banque de Sienne, l’avenir de la coentreprise Axa MPS a du plomb dans l’aile et pourrait accélérer le repositionnement d’Axa en Italie. -
La course en oncologie nécessite de mettre le prix
Le laboratoire britannique GSK va acquérir la biopharmaceutique américaine Nuvalent pour près de 11 milliards de dollars. L’opération sera relutive dès l’an prochain sur le résultat opérationnel courant, mais seulement en 2029 sur le bénéfice par action. -
Marc Riez (Vega IS) : «Nous avons engagé des discussions avec Novobanco au Portugal»
Après l’intégration de certaines activités de Natixis IM et Ostrum, Vega IS a changé de dimension. Son directeur général dévoile les ambitions du nouvel ensemble, entre opportunités au Portugal et arrivée prochaine sur le marché des ETF.
Sujets d'actualité
ETF à la Une
WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
- L’heure du «value for money» n’a pas encore sonné pour les produits structurés
- Les banques affûtent leur stratégie de conquête dans l’immobilier
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- Des manquements déclaratifs pourraient coûter 1,8 million d’euros à Bourse Direct
- L’Europe dégaine son plan de souveraineté technologique
Contenu de nos partenaires
-
ForzaComment les banques italiennes sont devenues les plus offensives d’Europe
De Intesa sur MPS à UniCredit sur Commerzbank, les établissements italiens multiplient les offensives. -
Iran, Ukraine, ... : mythes et réalités de la guerre des récits
Face à une guerre d’influence mondiale amplifiée par la désinformation sur Internet, les démocraties occidentales peinent à contrer des récits qui exploitent leurs propres failles -
Y a-t-il un plan ?Comment l’armée britannique perd sa crédibilité
Le ministère britannique de la Défense peine à produire un plan décennal clair alors que les dépenses augmentent