Tant que la valorisation d’Ingenico ne sera pas «juste», les rumeurs continueront
Le spécialiste des terminaux et solutions de paiement Ingenico se trouve une nouvelle fois au centre des spéculations. Hier, le titre a gagné 5,9% à 79,24 euros. La valeur a été portée par des informations de presse évoquant les intérêts de plusieurs fonds de capital investissement, alors que les opérations de consolidation se sont multipliées dans le secteur des paiements ces derniers mois. Le PDG du groupe, Philippe Lazare, a estimé dans un entretien accordé à l’agence Agefi-Dow Jones que ces rumeurs étaient alimentées par l’inadéquation du cours de bourse d’Ingenico.
«La valeur en Bourse d’Ingenico ne reflète ni sa situation actuelle ni son potentiel. Tant que cette valorisation ne sera pas juste, les rumeurs de rachat se poursuivront», déclare Philippe Lazare. «Lorsque notre cours était à 125 euros, il n’y avait pas de rumeurs. Quelque part, ces rumeurs confirment le fait que notre valorisation est inadéquate», ajoute-t-il. Le PDG souligne que les spéculations ont à peine permis au titre de retrouver son niveau de février, avant que les investisseurs sanctionnent le titre car ils jugeaient les perspectives pour l’année 2018 décevantes. Malgré son rebond de mardi, le titre abandonne 11% depuis le début de l’année.
Quel devenir pour les terminaux de paiement ?
«La seule solution managériale pour répondre à ces rumeurs et revenir à un niveau de valorisation supérieur est d’exécuter le plan prévu», affirme Philippe Lazare. Ingenico compte faire passer son excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 526 millions d’euros en 2017 à plus de 700 millions d’euros d’ici à 2020 à périmètre et changes constants. Le groupe table également sur une croissance annuelle moyenne à deux chiffres de l’Ebitda pour 2018-2020.
Selon Philippe Lazare «deux questions flottent autour d’Ingenico. Premièrement, le marché s’interroge sur le devenir des terminaux de paiement. Deuxièmement, il se demande si la société est capable de réussir sa transformation numérique. Or, la fin du terminal n’est pas pour demain et notre transformation digitale est faite et va encore se renforcer», développe-t-il. «Aujourd’hui près de la moitié de nos revenus (48%) proviennent de solutions 100% digitales. Et nous nous attendons à ce que la barre des 50% soit dépassée en 2019», explique-t-il.
«Une pépite, plus qu’une entreprise stratégique»
Le titre a bondi hier alors que Bloomberg a rapporté que plusieurs fonds de capital investissement dont CVC Capital Partners, Hellman & Friedman et Bain Capital s’intéresseraient de près au groupe français, certains envisageant même de le retirer de la cote. Interrogés, des porte-paroles de CVC Capital Partners et Bain Capital n’ont pas souhaité faire de commentaire tandis que personne n'était en mesure de commenter ces informations dans l’immédiat chez Hellman & Friedman. De son côté, Philippe Lazare n’a pas souhaité commenter ces informations.
Une éventuelle acquisition risquerait de buter sur l’opposition des pouvoirs publics, l’Etat français étant indirectement présent dans le groupe via Bpifrance qui détient un peu plus de 5% du capital. En 2010, le gouvernement avait mis son veto au rachat d’Ingenico par l’américain Danaher, invoquant alors le caractère stratégique du spécialiste des paiements. «En 2010, Ingenico n’avait pas grand-chose à voir ce que la société est aujourd’hui, les terminaux de paiement constituaient alors la majorité de l’activité de l’entreprise», rappelle Philippe Lazare. Pour ce dernier, le caractère stratégique d’Ingenico est discutable. «Dire qu’Ingenico est une société emblématique de l'économie française pour sa réussite, une ‘pépite’, est plus approprié. Mais affirmer que nous sommes une société stratégique au sens de Dassault Aviation ou d’Areva n’est probablement pas vrai», fait-il valoir.
Alors que les rumeurs de marché sur un éventuel rachat d’Ingenico sont récurrentes, le groupe se concentre sur sa propre politique d’acquisition. Toutefois, après le rachat de la société de services de paiement suédoise Bambora pour 1,5 milliard d’euros, Ingenico compte privilégier les cibles de taille moyenne. Ce pour deux raisons, selon son PDG. Premièrement, «nous avons un levier d’endettement dette nette/ Ebitda de 3 et je ne souhaite pas que nous allions au-delà de ce ratio». Ensuite, «notre cours de bourse reste relativement bas ce qui ne permet pas de mener des augmentations de capital car la dilution pour nos actionnaires serait trop importante. Cette augmentation ne serait alors pas comprise par nos actionnaires», développe-t-il.
«Cette politique d’acquisition durera au moins jusqu’en 2019», poursuit Philippe Lazare. «D’ici là, notre levier d’endettement sera passé à 2,5 grâce à notre génération de flux de trésorerie qui permet un désendettement rapide», prévoit-il.
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