Square alimente la flambée du paiement fractionné
Avec une capitalisation boursière de presque 110 milliards de dollars (92,7 milliards d’euros), Square est devenu un concurrent redoutable du secteur bancaire et des services financiers. Le groupe américain s’attaque maintenant au paiement fractionné ou «buy now pay later» (achetez maintenant, payez plus tard, BNPL). La société dirigée par Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, a annoncé ce lundi l’acquisition d’Afterpay, l’un des leaders mondiaux du paiement fractionné. La transaction, d’un montant de 29 milliards de dollars payé en actions, devrait être finalisée au premier trimestre 2022. Elle pourrait être la plus importante jamais connue en Australie, détrônant le rachat de Westfield par Unibail-Rodamco en 2018 pour la somme de 24,7 milliards. Lors du dernier exercice clos fin juin 2021, Afterpay a dégagé un profit brut de 506 millions de dollars américains.
Outil de croissance
Square et Afterpay «ont un objectif commun. Nous avons construit notre entreprise pour rendre le système financier plus juste, accessible et inclusif, et Afterpay a construit une marque de confiance alignée sur ces principes», a déclaré Jack Dorsey. La société prévoit d’intégrer Afterpay dans ses entités Seller et Cash App, de sorte que même «le plus petit des commerçants» puisse proposer du paiement fractionné, un secteur qui monte en puissance.
Selon Juniper Research, les dépenses en BNPL atteindront 995 milliards de dollars en 2026, contre 266 milliards de dollars en 2021. De même, le nombre mondial d’utilisateurs de BNPL devrait dépasser 1,5 milliard en 2026, contre 340 millions cette année. «Acheter maintenant, payer plus tard a été un puissant outil de croissance pour les vendeurs du monde entier», considère Alyssa Henry, responsable de l’activité vente de Square.
Fondée en 2014, la société australienne Afterpay était en concurrence avec les géants du paiement fractionné, de Paypal en passant par Stripe et le suédois Klarna. «Square entre d’emblée dans la cour des grands du BNPL face à d’autres ayant une présence internationale comme Klarna. Square a sans doute estimé que la meilleure façon d’aller sur ce créneau était une acquisition plutôt que de développer son offre propre», considère Angelo Caci, directeur de Syrtals Cards & Beyond.
Face à l’exposition du BNPL, les régulateurs se sont emparés du sujet. Au Royaume-Uni, la Financial Conduct Authority (FCA) a consacré un rapport sur les risques liés au paiement fractionné et différé, observant qu’un client sur dix n’est pas en mesure d’honorer ses remboursements. De son côté, la Commission européenne a annoncé la mise à jour des contrats de crédit à la consommation actuels pour inclure les prestataires de services BNPL.
Différenciation sur les cryptomonnaies
Square «ne sera pas pour autant un leader, face à des géants comme Klarna et Stripe», considère Louis-Arnaud Nguyen, senior consultant blockchain & innovative payments chez Azzana Consulting, du groupe Finnegan. «Mais il devient un concurrent potentiel. Là où il va se différencier, c’est sur toutes les fonctionnalités qu’il va proposer, notamment sur les cryptomonnaies», ajoute-t-il. Pour ce dernier, ce rachat devrait permettre à Square d’avoir un accès direct aux 16 millions d’utilisateurs et 100.000 commerçants clients d’Afterpay, qui pourraient être des utilisateurs «potentiels» de cryptomonnaies. Square revendique désormais 86 millions de clients. «Je pense que l’objectif, derrière, sera de proposer des fonctionnalités liés aux cryptomonnaies à ces utilisateurs».
Depuis octobre, Square a investi 220 millions de dollars dans le bitcoin. Son application, Cash App, a généré un bénéfice brut de 495 millions de dollars au premier semestre, en hausse de 171% d’une année sur l’autre. Il s’agit de la majeure partie de ses revenus grâce à la vente de bitcoins. Square vient d’ailleurs d’annoncer un chiffre d’affaires de 5,06 milliards de dollars au premier semestre, en hausse de 266% sur un an.
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