Samuel Bankman-Fried est lâché par ses ex-bras droits
Après plusieurs jours de feuilleton, le fondateur de FTX Samuel Bankman-Fried (SBF) a bien été extradé aux Etats-Unis. Mais il a été très rapidement obtenu de la justice d'être remis en liberté en échange du versement d’une caution de 250 millions de dollars.
Pour le moment, la star déchue des cryptos est accusée de «fraude» par la Securities Exchange Commission (SEC) pour avoir détourné les fonds des clients de FTX vers la firme de trading Alameda Research, qui aurait également bénéficié d’un «traitement spécial non divulgué» sur la plateforme et d’une ligne de crédit «pratiquement illimitée» financée par les fonds des clients. SBF est aussi accusé de ne pas avoir divulgué la véritable nature du risque concernant le bilan d’Alameda Research qui était essentiellement composé de FTT, un «actif surévalué et illiquide».
Dans la série d’interviews qu’il a donnés à différents médias début décembre, SBF disait globalement ne pas être au courant de la gestion financière calamiteuse de son empire dont 134 entreprises sont aujourd’hui placées sous le régime des faillites américains (chapitre 11). Mais le contenu de la plainte civile de la SEC datée du 21 décembre dans laquelle Caroline Ellison et Gary Wang apparaissent comme prévenus, contredit largement la défense de l’ex-cryptomilliardaire.
Un «stratagème» de plusieurs années
Décrit comme l’un des bras droits et l’un des principaux associés ayant fondé FTX avec la désormais star déchue des cryptos Samuel Bankman-Fried, Gary Wang a plaidé coupable des accusations de fraude émises par les autorités fédérales américaines. L’ex-PDG de la firme de trading Alameda Research Caroline Ellison a également plaidé coupable pour fraude. C’est le procureur des États-Unis pour le district de New York qui l’a annoncé ce 22 décembre, précisant que ces derniers coopéraient à l’enquête menée par le ministère de la Justice.
Selon la plainte de la SEC, SBF et Gary Wang ont donné «carte blanche à (Caroline) Ellison» pour utiliser les actifs des clients de FTX dans le cadre des opérations d’Alameda Research et pour «tout autre objectif que (Samuel) Bankman-Fried et Ellison jugeaient approprié», peut-on lire dans la plainte. SBF aurait également utilisé les fonds comme «sa tirelire personnelle» pour acheter de l’immobilier de luxe, soutenir des campagnes politiques entre autres. Pour rappel, SBF était l’un des donateurs les plus importants du Parti démocrate.
En plus de la ligne de crédit avec FTX, Caroline Ellison avec Alameda Research a emprunté des «milliards de dollars» sur ordre de SBF. Ces prêts étaient garantis en grande partie par le bilan de la firme de trading largement composé de FTT, la cryptomonnaie native de FTX. Pour gonfler son prix, la PDG d’Alameda Research, toujours sur ordre de SBF, a «engagé des achats automatisés de FTT sur différentes plateformes» de façon a pouvoir emprunter davantage d’argent.
Alors que SBF dépensait «sans compter», les ennuis ont véritablement commencé en mai avec la chute de l’écosystème Terra-Luna, entraînant une violente baisse des cours cryptos. Gary Wang et Caroline Ellison ont déclaré que SBF a ordonné à FTX de «détourner des milliards de dollars supplémentaires d’actifs de clients vers Alameda (Research)» pour continuer à satisfaire les investisseurs qui demandaient «le remboursement de milliards de dollars de prêts».
Contrairement à ce qu’il a publiquement prétendu, SBF est toujours resté «l’ultime décideur chez Alameda», même après avoir laissé en apparence les rênes à Caroline Ellison et Sam Trabucco en octobre 2021, avant que la première devienne seule PDG en août 2022. «(Samuel) Bankman-Fried dirigeait les décisions d’investissement et d’exploitation, communiquait fréquemment avec les employés d’Alameda et avait un accès complet aux informations d’Alameda», est-il écrit dans la plainte.
8 milliards d’actifs de clients FTX chez Alameda Research
En 2022, la dette d’Alameda Research envers FTX s’établissait à 8 milliards de dollars, soit l’équivalent du montant pioché par la firme de trading dans les fonds déposés sur la plateforme par ses clients. Pour éviter à Alameda Research de payer des intérêts sur cette dette, une situation paradoxalement permise par le processus interne des risques de FTX, SBF a ordonné que la dette de la firme de trading soit «transférée vers un compte qui ne serait pas facturé en intérêt». Le compte en question n’étant pas associé à un individu entretenant un quelconque lien avec Alameda, cette opération a eu pour effet de «dissimuler davantage la dette d’Alameda dans les systèmes internes de FTX».
Afin de permettre un traitement de faveur à Alameda Research sur FTX où la firme de trading avait un compte client, un code logiciel a été intégré. Selon la plainte, il a été développé par «(Gary) Wang et d’autres ingénieurs de FTX» à la demande de SBF «vers août 2019» et a été mis à jour «vers mai 2020». Un montage qui a permis à Alameda Research d’avoir l’autorisation d’un solde négatif sur FTX, ainsi qu’une ligne de crédit très avantageuse. Aucun autre compte client ne bénéficiait d’un tel traitement de faveur. La firme était également exemptée de toute liquidation par le système.
La plainte précise que Caroline Ellison et Gary Wang étaient au courant de ces privilèges, qui étaient également cachés aux investisseurs de FTX.
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