Paris fait les yeux doux aux fintechs britanniques
En raison du Brexit, les fintechs britanniques ont perdu leur passeport européen, qui permet d’opérer dans tous les pays de l’Union européenne. Pour continuer leur activité au sein de l’espace économique européen, elles cherchent à obtenir un agrément dans un autre pays européen. Des fintechs britanniques et américaines «nous contactent afin de les conseiller sur l’obtention d’un agrément ou sur les conditions relatives aux exemptions d’agrément en France», explique Mia Dassas, Counsel d’Allen & Overy à Paris, spécialisée en réglementation bancaire et financière.
L’activité d’Allen et Overy en matière de création d’entités réglementées, comme les fintechs, a crû d’environ 30% depuis le Brexit. Dans un premier temps, le cabinet les accompagne pour présenter leur projet à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), avant de travailler sur les problématiques juridiques. «Nous avons constaté que le régulateur était plus pointilleux vis-à-vis des fintechs dans le contexte de la pandémie, qui a mis en lumière l’importance du paiement digital», explique-t-elle.
Transpositions différentes des règles en Europe
Alors même qu’il existe des règles européennes applicables aux établissements de paiement et de monnaie électronique, certaines ne sont pas transposées de manière identique en Europe. La France a par exemple adopté une règlementation en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et financement du terrorisme «plus stricte que certains de nos voisins européens». D’autres juridictions attirent aussi les fintechs, comme la Belgique (où opère Wise), l’Irlande, les Pays-Bas, le Luxembourg ou encore la Lituanie (où Revolut a obtenu une licence bancaire).
Cela n’a pas empêché des fintechs britanniques de toquer à la porte de la France. C’est le cas de Gocardless ou encore de Checkout. Cette dernière a décroché un agrément d'établissement de monnaie électronique auprès de l’ACPR en juillet 2019, après avoir ouvert un bureau à Paris fin 2018. La fintech a choisi la France «à la fois du fait de l’aspect marché et commercial, mais également d’un point de vue règlementaire», confie Jean-Marc Nourel, son directeur général France. «Notre expérience avec les régulateurs anglais et français ont été similaires et leur clarté respective nous a permis d'être efficace pendant notre processus d’accréditation», ajoute-t-il. Depuis l’entrée en vigueur officielle du Brexit début janvier, sa licence française lui permet ainsi d’opérer dans tous les pays de l’Union européenne et sa licence anglaise au Royaume-Uni. 50 salariés travaillent en France, sur un total d’environ 1.000 collaborateurs.
Depuis 2017, une trentaine de fintechs ont été agréées par l’APCR, même s’il n’est pas possible de distinguer entre les «brexiters» et les autres. Contacté par L’Agefi, l’APCR indique qu’une cinquantaine d’établissements ont obtenu une «autorisation» fin 2020 pour continuer leur activité, sans préciser combien de fintechs étaient concernées, «le terme ‘fintech’ n’ayant pas d’existence juridique». De son côté, la FCA aurait agréé 52 établissements de paiement et 38 établissements de monnaie électronique en 2020. La Lituanie, qui veut être un hub pour les fintechs, leur a accordé 118 licences en 2020.
116 projets en lien avec le Brexit
A ce jour, «aucun pays européen ne tire vraiment son épingle du jeu du fait du Brexit. Les arbitrages s’opéreront plus tard», estime Mia Dassas. Lorsque le projet de règlement Markets in Crypto-Assets Régulation (MiCA) sera adopté et entrera en vigueur, «j’ai bon espoir que Paris devancera ses voisins européens grâce à l’expérience acquise par nos régulateurs lors de la mise en œuvre du régime français des prestataires de services sur actifs numériques (PSAN) dont MiCA semble en partie s’inspirer», ajoute-t-elle.
Selon un rapport de Choose Paris Région et Paris Europlace, 116 projets (soit 3.517 emplois) en lien avec le Brexit d’implantation, d’investissement ou de relocalisation ont choisi l’Ile-de-France comme terre d’accueil. Parmi ces projets, 16 concernent le secteur des fintechs, représentant 300 emplois. Il s’agit du troisième secteur le plus dynamique, derrière 33 projets en gestion d’actifs (360 postes) et 29 projets en banque (2.080 postes), devant l’assurance ou le conseil financier.
Alain Clot, président de France Fintech, ne s’attend pas à des relocalisations massives à Paris. Si l’on constate que les investisseurs étrangers misent davantage sur les fintechs françaises depuis un an et demi, «le lien direct avec le Brexit n’est pas établi», estime-t-il. Ce dernier parie plutôt sur l’arrivée à maturité des pépites françaises. «Ce ne sont pas des bataillons qui vont se déplacer de Londres à Paris, mais il est clair que l’incitation à baser de nouveaux projets chez nous a nettement crû.»
Depuis le début de l’année, les fintechs françaises ont levé 350 millions d’euros sur 28 opérations avec un ticket moyen de 13 millions d’euros, soit 40% de plus que l’an dernier à la même période. La part des investisseurs étrangers y est d’ailleurs plus importante : parmi eux , 40% d’Américains, 13% de Britanniques, 7% de Chinois. «A l’évidence, il se passe quelque chose pour ce qui concerne l’attractivité de notre écosystème», conclut-il.
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