Le métavers devient un enjeu de soft power
Il y a quasiment un an, le fondateur et PDG de Facebook Mark Zuckerberg annonçait le changement de nom de son groupe, rebaptisé Meta en référence au métavers, «le successeur de l’internet mobile». Depuis cette annonce, les projets ne cessent de se lancer avec toujours la même promesse : «révolutionner internet» avec des expériences plus immersives, au point de devenir une sorte de mot-valise.
C’est dans ce contexte qu’une mission exploratoire a été demandée par le ministre de l’Économie, de la culture et chargé du Numérique le 14 février dernier pour éclairer les décideurs sur «les grands enjeux économiques, sociétaux et culturels que soulève le développement des métavers» et a été présenté lundi au gouvernement au ministère de la culture, selon nos informations. Elle a été rédigée par Camille François, enseignante à l’Université de Columbia et chercheuse à l’Institut français de géopolitique, l’avocat Adrien Basdevant, membre du Conseil national du numérique et Rémi Ronfard, chercheur à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria).
Un enjeu de «souveraineté culturelle»
Actuellement, il n’existe pas de définition claire du métavers, le concept étant «poussé par l’industrie dans une logique de l’offre, beaucoup plus que par le public dans une logique de la demande», explique la mission qui se risque à en donner une: «Un métavers est un service en ligne donnant accès à des simulations d’espaces 3D temps réel, partagées et persistantes, dans lesquelles on peut vivre ensemble des expériences immersives. On peut y accéder avec ou sans visiocasque, et/ou commercer avec ou sans technologies de registres distribués». Une définition qui englobe un spectre assez large d’industries sur lesquelles le métavers pourrait amener de nombreuses transformations.
Même si les applications précises sont encore assez difficile à identifier, le rapport affirme que «comme le web, les métavers prendront une importance progressive dans toutes les activités économiques sociales et culturelles». A ce titre, le rapport place le métavers comme une «opportunité culturelle pour la France […] Encourager cette innovation sur le territoire favoriserait l’exportation de la culture francophone».
Lors de la dernière campagne présidentielle, le président de la République Emmanuel Macron en faisait un enjeu de souveraineté en appelant à la création d’un «métavers européen» pour ne pas dépendre «d’acteurs anglo-saxons ou chinois […] Les crises que nous vivons, les transitions, les nouvelles formes de guerre montrent combien l’information, la fiction, la création forgent les esprits dans les sociétés démocratiques ouvertes et sont des sujets de souveraineté et d’indépendance», argumentait alors le président.
Le rapport abonde dans le même sens en appelant à «une protection de l’indépendance de la filière française et européenne […] exposé à un risque élevé de captation de la valeur produite et de prédation des acteurs extra-européens», en présentant le risque que le métavers devienne «un moyen de diffusion supplémentaire pour la culture américaine hollywoodienne déjà dominante dans une grande partie du monde». Il cite notamment comme exemple le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft acté en janvier 2022 pour le montant record de 69 milliards de dollars qui signale «cette nécessité de consolider des positions concurrentielles pour s’engager avec les meilleures armes dans la bataille des contenus et des talents».
Les atouts de la France
Pour se placer sur la carte du métavers, la France et l’Europe pourraient capitaliser sur leur histoire culturele en la mettant en scène de manière immersive et en faisant revivre aux internautes «des époques différentes dans un même espace 3D virtuels partagé». Un point qui a «particulièrement retenu l’attention au gouvernement», explique-t-on en marge de la présentation de ce rapport.
Ce travail note également que la France est «riche d’acteurs sur la majorité de la chaîne de valeur» du métavers aussi bien dans l’industrie du jeu vidéo avec des entreprises comme Ubisoft, dans la création d’animation 3D, dans l’industrie avec Dassault Systèmes ou encore dans le domaine de la sécurité avec la licorne Ledger, indispensable pour gérer les transactions de cryptomonnaies et de titres de propriété (NFT) dans le métavers.
Pour mieux structurer l’écosystème français, le rapport propose notamment de lancer une «initiative consortium» dans la perspective des Jeux olympiques de 2024 qui pourraient faire l’objet d’une «expérimentation en vraie grandeur en exploitant des technologies bien maîtrisées par les acteurs français».
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