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Xstrata boucle le deuxième plus gros investissement industriel français
Xstrata boucle le deuxième plus gros investissement industriel français
Le projet de 5 milliards de dollars engagé en Nouvelle-Calédonie est rentable malgré la faiblesse des prix, assure le futur numéro trois mondial du nickel
Publié le
Olivier Pinaud, en Nouvelle-Calédonie
De loin, c’est le convoyeur du minerai qui se dégage en premier de la végétation. Ce tapis roulant de 11 kilomètres, serpentant dans le massif du Koniambo dans le Nord-Ouest de la Nouvelle-Calédonie, nourrira bientôt, 24 heures sur 24 heures, deux fours situés en aval. Dans moins de deux ans, le temps de faire monter en puissance la production, 60.000 tonnes de billes de ferronickel sortiront chaque année de l’usine, immédiatement expédiées vers l‘Asie depuis le port construit sur le lagon.
Financé et opéré par Xstrata, ce projet constitue le deuxième plus grand investissement industriel français, après l’EPR de Flamanville. 5 milliards de dollars ont été engagés depuis le premier coup de pelleteuse en 2007. Mais si l’investissement a été initié en période de croissance, la mise en production tombe en pleine crise. Le ralentissement de la demande chinoise, qui absorbe à elle seule la moitié de la production mondiale de nickel, affecte les cours. D’autant que d’autres projets de classe mondiale doivent aussi sortir de terre dans les prochains mois, dont celui du brésilien Vale dans le sud de la Nouvelle-Calédonie. Au total, selon Morgan Stanley, 185.000 tonnes de nickel supplémentaires devraient affluer en 2013, soit 10% du marché mondial.
Selon Ian Pearce, le directeur général de Xstrata Nickel, la croissance de la demande, de 4% à 5% en moyenne par an, finira par provoquer de nouvelles tensions sur les approvisionnements. Car les développements sont devenus rares. D’habitude, les projets sont initiés par des sociétés juniors. Mais la crise financière, et la volatilité des cours, a fait de la prospection un métier à haut risque. Or, Ian Pearce estime qu’il faudrait lancer un autre Koniambo pour répondre à la future demande.
Koniambo sera «l’un des sites les plus rentables de l’industrie, en mesure d’absorber sur le moyen terme les mouvements du prix du nickel », affirme le directeur général. La teneur élevée en nickel de la roche, 2,5% en moyenne, assure à elle seule une bonne part de la rentabilité. La technologie de transformation par pyrolyse brevetée par Xstrata doit offrir d’autres gains de productivité. Enfin, l’intégration totale de la mine, de l’extraction du minerai à l’expédition, présente une association rare pour un site de cette ampleur.
Le consensus pour les prochaines années prévoit un prix du nickel de l’ordre de 8,5 dollars la livre. Koniambo est rentable avec un prix bien en dessous des 7 dollars, le cours actuel, indique la direction, ce qui doit permettre de traverser les bas de cycle sans arrêter l’usine. L’investissement pourrait être couvert en moins de dix ans, avec des réserves de production d’au moins vingt-cinq ans mais allant probablement au-delà des cinquante ans. Plusieurs financements ont aussi permis de réduire le point mort. La loi Girardin de défiscalisation dans les DOM-TOM a apporté 200 millions de dollars pour la centrale électrique à charbon de l’usine, à l’origine à elle seule d’un cinquième de l’investissement total. Un pacte fiscal exonère Koniambo d’impôt sur les sociétés pendant quinze ans.
Si Xstrata a injecté la quasi-intégralité des 5 milliards, il ne détient pourtant que 49% du capital. La majorité est contrôlée par la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), détenue par la province nord administrée par le parti indépendantiste kanak. Celle-ci a investi 186 millions et a apporté le massif de Koniambo, conformément à l’accord de Bercy de 1998, «préalable minier» aux accords de Nouméa. Afin de ne pas diluer la SMSP, Xstrata a investi via de la dette junior. Il percevra la majorité des cash-flows mais la SMSP touchera un dividende dès la première année de production plus une part variable par la suite. A partir de la 26e année d’exploitation, la répartition des cash-flows reflètera celle du capital.
Avec cette usine, puis celle de Vale dans le sud, la Nouvelle-Calédonie va devenir la deuxième plus grande région productrice de nickel au monde derrière la Russie. La création de l’usine de Koniambo vise à rééquilibrer les forces économiques de l’île, concentrées dans la province sud autour des actifs de la Société Le Nickel, filiale d’Eramet. Au total, plus de 4 milliards de dollars reviendront au gouvernement local: 1,2 milliard d’impôts et 2,8 milliards de dividendes. Sans compter les retombées en salaires et marchés indirects.
Crucial pour la Nouvelle-Calédonie, Koniambo l’est aussi pour Xstrata, dont la production de nickel va doubler pour le hisser de la cinquième à la troisième place mondiale, derrière le russe Norilsk et Vale. Et de prouver aussi, au moment où le groupe doit se faire absorber par son actionnaire Glencore, de sa capacité à financer et à faire sortir de terre un projet minier de classe mondiale alors que l’histoire de Xstrata s’était surtout écrite à coups d’acquisitions.
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