Vivendi et Elliott sont condamnés à s’entendre pour redresser Telecom Italia
L’heure de vérité approche pour Vivendi dans le dossier Telecom Italia (TIM). Les actionnaires de l’opérateur transalpin sont convoqués ce vendredi pour statuer sur la demande du groupe français visant à remplacer cinq administrateurs, dont le président Fulvio Conti, en raison de «graves irrégularités dans la gouvernance de la société».
Cette assemblée générale est surtout l’occasion pour les actionnaires de mettre un terme à la dispute entre Vivendi et Elliott Management, le fonds activiste entré voilà un peu plus d’un an au capital de l’opérateur et qui avait réussi à renverser le précédent conseil d’administration dominé par Vivendi.
Les tensions entre les deux actionnaires se sont aggravées avec le limogeage du directeur général de Telecom Italia, Amos Genish, en novembre. Elles ont tourné au vinaigre ces dernières semaines avec des échanges de communiqués mettant en cause Vincent Bolloré, principal actionnaire de Vivendi, et Paul Singer, le fondateur d’Elliott Management, dans la conduite de leurs affaires.
«Conseil d’administration parallèle»
Vivendi reproche à Fulvio Conti d’avoir organisé, avec d’autres administrateurs choisis par Elliott, «un conseil d’administration parallèle» et d’avoir divulgué des informations privilégiées à des tiers. Un rapport d’audit publié au début du mois de mars a confirmé un certain nombre d’entorses aux règles d’organisation des travaux du conseil, notamment la tenue de réunions parallèles en présence d’un cabinet d’avocats qui conseille par ailleurs Elliott dans ses affaires.
Ces accusations n’ont guère ému les autres actionnaires du groupe italien. L’Asati, la principale association d’actionnaires minoritaires de Telecom Italia, maintient son soutien à Elliott Management et recommande à ses membres de voter contre les propositions de Vivendi. Les principaux cabinets de conseil aux actionnaires se sont également prononcés contre un nouveau chamboule-tout à la tête de l’opérateur.
Au-delà des questions de gouvernance, l’enjeu est également stratégique pour Vivendi. Le nouveau directeur général de Telecom Italia, Luigi Gubitosi, a présenté en février un plan destiné à redresser le groupe, qui a été plutôt bien accueilli par les marchés financiers. Il prévoit un partenariat stratégique avec Vodafone dans le mobile et ouvre la voie à un rapprochement du réseau fixe de Telecom Italia avec celui d’Open Fiber, la filiale du groupe italien Enel.
Ce rapprochement des réseaux fixes de deux opérateurs italiens permettrait d'économiser des milliards d’euros en coûts de déploiement. Dans le contexte d’une société lourdement endettée comme Telecom Italia, il apparaît salutaire. Cependant, il éloignerait Vivendi de son rêve de créer un Netflix latin, présent à la fois dans les contenus et les réseaux. Il serait en effet plus difficile au groupe dirigé par Yannick Bolloré d’imposer les offres de télévision payante de Canal+ à un réseau qu’il ne contrôle plus.
TIM en proie aux pertes
Même s’il peut s’estimer lésé par l’influence prise par Elliott Management depuis son irruption au capital de l’opérateur italien, Vivendi n’a pas intérêt à prolonger une bataille d’actionnaires destructrice de valeur. Le titre Telecom Italia a perdu 30% sur les douze derniers mois. Cette baisse est au moins autant liée à la perte de 1,4 milliard d’euros subie par le groupe en 2018 - dont 2,6 milliards d’euros de dépréciations d’actifs - qu’aux turbulences au sein de ses instances dirigeantes. «C’est un peu comme voir ses parents continuer à se disputer pendant que la maison brûle», souligne un analyste à Milan.
Ces dépréciations ont également fait chuter le bénéfice net de Vivendi, à 127 millions d’euros en 2018 contre 1,2 milliard en 2017. La participation de 23,9% détenue par le groupe français dans Telecom Italia, pour laquelle Vivendi dit avoir déboursé 4 milliards d’euros, n’en vaut plus que 2,5 milliards aux cours actuels.
Une trêve semble donc plus que souhaitable, pour les actionnaires de Telecom Italia comme pour ceux de Vivendi.
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