Veolia pourrait rendre ses actifs britanniques à Suez
Estelle Brachlianoff pourrait mener sa première bataille en terrain connu. La nouvelle directrice générale de Veolia, qui succédera à Antoine Frérot le 1er juillet prochain, a fait une bonne partie de ses armes au Royaume-Uni où elle a dirigé le pôle propreté puis l’ensemble des activités du géant de l’environnement. Pas sûr que cette expérience lui soit d’un grand secours face à l’autorité locale de la concurrence mais elle pourrait l’aider à négocier au mieux les conditions de la reddition.
Alors que l’ensemble des pays concernés par le rachat de Suez par Veolia ont d’ores et déjà donné leur feu vert à l’opération, le Royaume-Uni – qui a récupéré sa pleine souveraineté en matière de concurrence depuis le Brexit – fait de la résistance. En mai dernier, la Competition and Markets Authority (CMA) a estimé que le rachat des actifs de Suez par Veolia présentait des risques pour la concurrence, jugeant notamment que les deux groupes sont «les seuls acteurs à être présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur du traitement des déchets» et parmi les rares entreprises «capables d’offrir des services larges et complexes aux municipalités dans le domaine».
800 à 900 millions de ventes
Depuis, Veolia n’a visiblement pas réussi à faire valoir son point de vue auprès de l’Autorité. «Nous regrettons le fait que l’analyse de la CMA ne permette pas au groupe de réaliser le plein potentiel de la transformation écologique au Royaume-Uni, mais elle ne réduit pas notre engagement sur ce territoire», a ainsi déclaré le groupe jeudi 16 juin, avant d’annoncer une décision radicale. Veolia propose de céder l’intégralité des activités dans les déchets issues de Suez. En réalité cela correspond même à la quasi-totalité des activités de l’ex-Suez dans le pays, soit entre 800 et 900 millions d’euros de chiffre d’affaires si on se réfère aux comptes 2020 de l’entreprise. Une option «de nature à répondre efficacement à l’intransigeance de la CMA, dont Veolia conteste l’analyse des marchés concernés et déplore l’absence de partage des enjeux liés à nos secteurs d’activités», estime l’entreprise dans un communiqué.
Cette cession potentielle ne pourra pas avoir lieu avant le verdict de la CMA, attendu le 17 juillet prochain, et l’acquéreur choisi devra être validé par l’Autorité qui jugera notamment de sa solidité. Un délai que le nouveau Suez n’a, semble-t-il, pas l’intention d’attendre pour se positionner. Selon des informations du Financial Times, le groupe désormais détenu par GIP, Meridiam, la Caisse des dépôts et CNP Assurances remettrait bien la main sur ses anciennes activités britanniques. Suez – qui ne souhaite pas faire de commentaires - dispose pour cela d’un droit de «premier refus» qui lui permettrait d’acheter les actifs en priorité s’ils étaient mis en vente… à condition d’accepter le prix proposé par Veolia. Et il y a fort à parier que les deux groupes aient quelques divergences sur ce point.
Plus de 2,5 milliards d’euros ?
Le grand écart des valorisations a d’ailleurs déjà commencé. Alors que le Financial Times évoque un montant de «plusieurs centaines de millions de livres», la facture pourrait, selon nos informations, dépasser 2,5 milliards d’euros, soit environ 3 fois les ventes de l’entité cédée. Les acheteurs potentiels argumenteront sans doute que le spécialiste français de la gestion des déchets, Séché Environnement, est valorisé, dette nette comprise, moins de 1,5 fois son chiffre d’affaires quand le vendeur mettra à coup sûr en avant le dynamisme du marché britannique, porté notamment par une réglementation favorable.
L’enjeu est important pour les deux géants français de l’environnement. Reprendre ses actifs au Royaume-Uni aiderait Suez à accélérer sa diversification à l’international à moindre risque. De son coté, Veolia espère rebondir après cet échec britannique en utilisant le fruit de la vente pour renforcer ses activités dans l’énergie. Si un nouvel affrontement entre les deux frères ennemis se profile, l’irruption d’un troisième acteur pourrait néanmoins mettre tout le monde d’accord, à condition qu’il propose un prix sur lequel Sabrina Soussan, la nouvelle directrice générale de Suez, ne puisse pas s’aligner.
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