Un été studieux pour l’Etat DRH
Le gouvernement s’est enfin résolu à débrancher EDF de la Bourse. Le Meccano financier qui s’ensuivra, avec une profonde réorganisation du groupe énergétique à la clé, se double d’un chantier RH immédiat : lui trouver un nouveau patron. Ce n’est pas le seul recrutement auquel l’Etat devra procéder ces prochaines semaines dans la sphère économique. Le degré d’urgence est à la hauteur du flottement observé depuis l’élection présidentielle.
Jean-Bernard Lévy, PDG d’EDF depuis près de huit ans, et âgé de 67 ans, devait rendre son tablier au printemps 2023. Ses relations avec son principal actionnaire se sont rafraîchies à mesure que les pouvoirs publics forçaient le groupe à subventionner massivement ses concurrents. Il faut un nouveau capitaine pour écrire le chapitre que l’électricien s’apprête à feuilleter à l’abri du regard des marchés actions. Or la fiche de poste a de quoi effrayer plus d’un candidat. L’impétrant devra maîtriser les grands programmes industriels, savoir négocier avec Bruxelles, et gérer les susceptibilités d’un corps social vent debout contre l’idée d’un démantèlement. Le tout pour une rémunération aux standards du service public.
La Bourse se préparant déjà à un retrait de cote, tout plaide pour un processus de succession rapide, et un départ de Jean-Bernard Lévy avant la fin de son mandat. Mais en matière de ressources humaines aussi, l’Etat est piètre stratège et gestionnaire. Engie, dont il premier actionnaire, avait mis huit mois pour nommer la remplaçante d’Isabelle Kocher, poussée vers la sortie début 2020.
Qui succèdera à Robert Ophèle ?
Deux autres postes, moins visibles du grand public mais tout aussi importants pour la vie des affaires en France, restent à pourvoir à la date du 11 juillet. L’Agence des participations de l’Etat est pilotée par intérim par Stéphanie Besnier depuis le 1er juin. Le départ du précédent commissaire, Martin Vial, a été officialisé mi-mai. Voilà donc deux mois que l’incarnation de l’Etat actionnaire, appelé à jouer les premiers rôles dans la gouvernance d’EDF ou d’Air France-KLM, attend d’être fixée sur la sienne.
Quant à l’Autorité des marchés financiers, elle se prépare à dire adieu à son président Robert Ophèle fin juillet. Le job est moins médiatisé que celui de patron d’une grande entreprise publique. L’institution peut-elle pour autant se permettre de rester trop longtemps dans le flou ? Le gendarme des marchés a connu ces derniers mois plusieurs défections de cadres reconnus, à destination du secteur privé. Si l’incertitude actuelle n’explique pas tous les choix de carrière, elle n’incite pas non plus les hauts potentiels à projeter leur avenir dans l’administration. A l’heure où toutes les organisations peinent à recruter et retenir les meilleurs talents, l’Etat DRH serait bien inspiré de se mettre au niveau de la concurrence.
Plus d'articles du même thème
-
Omers renonce à nommer un nouveau directeur des investissements
Le fonds de pension canadien des agents de la fonction publique de l'Ontario, qui pèse 145,2 milliards de dollars canadiens d'actifs nets, redistribue les responsabilités de son ancien directeur des investissements entre plusieurs dirigeants. -
La transmission d’entreprise pâtit de la procrastination du dirigeant
Le baromètre Grant Thornton souligne que la déstabilisation des équipes est perçue comme le risque principal d’une opération insuffisamment préparée. -
Heineken opte pour une direction hors-les-murs pour tonifier ses ventes
Le brasseur nomme Rafael Oliveira, en tant que nouveau PDG. Avec le choix de ce profil externe, issu du secteur du café, le néerlandais espère trouver la bonne recette de sa relance commerciale.
ETF à la Une
Schroders vise une dizaine d’ETF actifs d’ici la fin de l’année
- Le Crédit Agricole lancera une offre de trading crypto avant la fin de l'année
- CMA CGM se renforce dans la logistique du dernier kilomètre
- Kering se retrouve sous pression en Bourse avec la montée des doutes d'analystes
- Les actions coréennes approchent du bear market
- Christine Lagarde pourrait quitter la BCE plus tôt que prévu à cause de la présidentielle française
Contenu de nos partenaires
-
Terra incognitaAllemagne : le gouvernement Merz creuse la dette et ruse pour boucler son budget 2027
Le ministère des Finances propose de puiser dans un fonds de réserve et de rediriger une partie des recettes de la taxe carbone, au grand dam des écologistes -
Paiements numériquesLe paiement par agent IA : la révolution au bout des doigts
Les systèmes d'intelligence artificielle ne se contentent plus d'assister les utilisateurs, ils commencent à agir pour leur compte. La question n'est donc plus celle de la performance mais celle des conditions dans lesquelles individus, entreprises et institutions acceptent de déléguer des décisions et, demain, des transactions. -
NumériqueEntreprise américaine, infrastructure européenne : le nouveau défi de la souveraineté des paiements
Christine Lagarde, présidente de la BCE, souligne « l’importance d’avoir les paiements numériques sous notre contrôle »