Telefonica prépare sa riposte à l’offensive de Carlos Slim en Europe

Alors qu’America Movil vise KPN et sa filiale allemande E-Plus, l’espagnol prévoit d’introduire en Bourse O2 Germany. Prélude possible à une fusion avec E-Plus
Olivier Pinaud

Carlos Slim bouscule le secteur des télécoms européens. En entrant au capital du néerlandais KPN, l’homme le plus riche de la planète, premier actionnaire du groupe mexicain America Movil, pousse les opérateurs d’Europe continentale à réagir. En plus de contribuer à améliorer les finances du groupe, la volonté annoncée de Telefonica d’introduire en Bourse sa filiale allemande O2 Germany est vue comme une première réplique aux ambitions européennes de Carlos Slim.

«En entrant au capital de KPN, America Movil vise surtout E-Plus, la filiale allemande de l’opérateur néerlandais. Du coup, en introduisant en Bourse O2 Germany, Telefonica pourrait chercher à gagner un peu de flexibilité financière, disposer d’une monnaie d’échange, pour éventuellement pouvoir participer à une consolidation du marché allemand», confie le dirigeant d’un grand opérateur de télécoms européen. Selon les analystes de Jefferies, l’opération permettrait également à Telefonica d’inciter les actionnaires actuels de KPN à ne pas céder à l’offre d’achat partielle de Carlos Slim en leur promettant un rapprochement plus rémunérateur entre E-Plus et O2 Germany.

Exane BNP Paribas valorise O2 Germany à 8,4 milliards d’euros, soit 5,9 fois l’excédent brut d’exploitation estimé pour 2012, en tenant compte d’un actif fiscal de 1,2 milliard d’euros. Le prix de E-Plus serait du même ordre de grandeur. Or, ce montant correspond justement, selon les analystes de Nomura, à l’économie que compte faire cette année Telefonica avec la réduction annoncée de la part du dividende payé en numéraire.

L’opération pourrait néanmoins se heurter à deux obstacles. Avec quatre opérateurs mobiles (T-Mobile, O2, Vodafone et E-Plus), le marché allemand des télécoms est l’un des plus disputés d’Europe. Or, alors que O2 et et E-Plus parviennent depuis quelques mois à grappiller des parts de marché au détriment des deux premiers opérateurs, le régulateur allemand pourrait voir d’un mauvais œil le rapprochement des deux concurrents les plus dynamiques. Autre obstacle possible: O2 constitue l’un des plus beaux actifs de Telefonica, avec un taux de conversion du chiffre d’affaires en cash flow libre de plus de 14%. «Si Telefonica réduit sa part dans cet actif, il réduira du même coup son exposition à l’un de ses meilleurs opérateurs», redoutent les analystes de Deutsche Bank.

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