Sharp entame une course contre la montre pour assurer sa survie

Le groupe nippon, dont la dette a été rétrogradée de six crans par Fitch, n’est pas sûr de pouvoir honorer des échéances financières majeures en 2013
Yves-Marc Le Réour

Si les nouvelles pertes trimestrielles affichées par les principaux noms de l’industrie électronique nippone, tels Panasonic et Sony, témoignent d’une détérioration générale de leur position concurrentielle, la situation financière de Sharp est particulièrement préoccupante. Après avoir presque doublé sa prévision de perte nette à 450 milliards de yens (4,35 milliards d’euros) pour l’exercice finissant en mars 2013, le groupe centenaire a d’ailleurs concédé l’existence d’un «doute sérieux» sur sa capacité à poursuivre son exploitation.

Cette crainte est partagée par Fitch, qui a rétrogradé vendredi de 6 crans, en catégorie spéculative, la dette à long terme du groupe. Cette note «B-» s’accompagne d’une mise sous surveillance négative, l’agence française ne prévoyant aucune amélioration de la situation à court ou moyen terme. «Les liquidités disponibles de Sharp étaient de 221 milliards de yens à fin septembre 2012, nettement moins que les 898 milliards de dette arrivant à maturité au cours de l’année prochaine», explique l’agence.

Le groupe d’électronique, qui fait notamment face à une tombée d’obligations convertibles de 200 milliards de yens en septembre 2013, a vu le coût de protection de sa dette multiplié par 30 depuis le début de l’année. Ses principaux créanciers bancaires lui ont consenti en septembre dernier 360 milliards de prêts, en contrepartie d’une mise en gage de la majeure partie de son patrimoine foncier et immobilier au Japon. Mais «le maintien de leur soutien n’est pas garanti lorsque ces prêts arriveront à échéance en juin 2013», estime Fitch. Les accords conclus exigent en effet le retour à un résultat opérationnel positif au second semestre de l’exercice en cours, ce qui est loin d’être garanti.

Les difficultés du groupe menacent également de compromettre l’alliance prévue depuis mars avec son premier fournisseur Hon Hai, filiale de l’américain Foxconn, qui devait injecter 67 milliards de yens en échange de 9,9% du capital. Compte tenu de la baisse de 70% de l’action Sharp depuis lors, l’issue des négociations apparaît très incertaine. Faute d’un apport alternatif en fonds propres émanant d’un industriel intéressé par sa technologie dans les cristaux liquides, Sharp pourrait être acculé à céder des pans entiers de son activité, ce qui équivaudrait à un démantèlement.

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