Pékin fait levier sur ses banques pour rafler des actifs industriels en Europe

State Grid a repris 25% du réseau d'énergie portugais REN en garantissant son refinancement jusqu’en 2014. Trois Gorges avait fait de même avec EDP
Alexandre Garabedian

Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, a promis la semaine dernière que Pékin étudierait les moyens d’aider davantage l’Europe à résoudre la crise. En attendant, la Chine aide surtout ses entreprises industrielles à rafler les actifs publics des pays de la zone euro en difficulté, grâce à la puissance de ses banques. Le rachat, jeudi dernier, d’une partie du réseau électrique et gazier du Portugal, est à cet égard exemplaire.

Lisbonne a annoncé la cession le 2 février de 40% du capital de Redes Energeticas Nacionais (REN) au groupe chinois State Grid International (25%) et à Oman Oil (15%). Le prix de la transaction, de 592 millions d’euros, valorise le réseau 35% au-dessus de sa capitalisation boursière. Mais au-delà du prix, très important pour un Etat sous perfusion, la question de la liquidité pèse elle aussi dans la balance à l’heure où REN voit son accès au marché pénalisé par la faiblesse de la signature du Portugal.

La proposition de State Grid inclut ainsi un milliard d’euros de prêts accordés par China Development Bank, la banque publique de développement chinoise. De quoi assurer le refinancement du groupe jusqu’en 2014. «Nous voyons positivement le désengagement de l’Etat portugais de REN, ce dernier bénéficiant désormais de meilleurs ratings», soit BBB-/Ba1 pour la société contre BB/Ba2 pour le souverain, indique Tullett Prebon.

Le groupe chinois d’énergie Trois Gorges avait utilisé les mêmes arguments en décembre pour reprendre à Lisbonne 21,35% d’EDP, l’électricien portugais. Le prix proposé, de 2,69 milliards d’euros, était certes le plus élevé des candidats en lice. Mais l’accord engageait aussi les Chinois à fournir jusqu’à 2 milliards d’euros de liquidités bancaires sur 20 ans à EDP, ainsi qu’à investir 2 milliards en parts minoritaires dans les projets éoliens du groupe.

Un accord avec l’Allemand E.ON, autre candidat au rachat, «aurait conduit à des synergies plus élevées», mais «l’engagement à fournir de la liquidité est plus important pour l’action EDP à court terme», reconnaissaient à l’époque les analystes actions de JPMorgan Cazenove. L’électricien portugais doit en effet faire face à 7 milliards d’euros d’échéances à refinancer dans les trois ans.

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