Paris et Berlin s’inquiètent de perdre leur pouvoir sur EADS
L’obstacle politique est encore loin d’être franchi pour EADS. Tom Enders, le président exécutif du groupe européen d’aéronautique, a tenté hier de convaincre les parlementaires allemands de l’intérêt du projet de rapprochement avec le britannique BAE. L’accueil aurait été relativement froid, selon plusieurs élus présents à cette réunion tenue à huis clos.
Berlin s’inquiète notamment des conséquences sociales potentielles. Cassidian, la filiale d’équipements militaires d’EADS, emploie par exemple 3.000 personnes en Allemagne rien que sur le programme d’avions de chasse Eurofighter, plus 22.000 emplois indirects. Or, dans le schéma proposé, les activités de défense pourraient être dirigées depuis la Grande-Bretagne, avec un risque de transfert d’activité.
A Paris, les commentaires officiels se font rares, mais l’Etat français a l’intention de rester au capital d’EADS pour pouvoir défendre ses intérêts économiques, sociaux et industriels. La solution d’actions de préférence avancée par les deux groupes ne satisfait pas les Etats. Certes, elle permettrait d’empêcher une OPA sur le nouvel ensemble EADS-BAE. Mais elle ne donnerait aucun droit de veto sur les questions industrielles ou sociales. Or, actuellement, en plus du droit de veto sur les investissements par exemple, la France, l’Allemagne et l’Espagne disposent du contrôle d’EADS. Entre les intérêts publics et privés, régis par un pacte d’actionnaires, les trois Etats fondateurs d’EADS détiennent 50,07% du capital du groupe.
En faisant tomber le pacte d’actionnaires, et en diluant les parts des trois Etats, la fusion réduirait le pouvoir de Paris, de Berlin et de Madrid. Or, les garanties en matière de gouvernance et de composition du conseil d’administration de l’entité duale ne suffiraient pas à compenser cette perte d’influence. D’autant que comme l’a rappelé hier le vice-ministre de l’Economie allemand, Hans-Joachim Otto, le ratio d’échange d’actions proposé, 60-40, paraît désavantager les actionnaires d’EADS.
En plus de perdre le contrôle du groupe d’aéronautique, ils devraient en effet s’acquitter d’une prime de 1,7 milliard d’euro pour prendre la direction partielle de BAE sans être certain de l’intérêt économique de l’opération. Comme le souligne un analyste, le passé regorge de rapprochements transfrontaliers peu convaincants dans la défense. BAE l’a d’ailleurs appris à ses dépens avec les rachats de United Defence puis d’Armor Holding.
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