L’opération vérité sur la valeur des actifs des grands groupes est lancée
La note ne cesse de monter. En deux semaines, ArcelorMittal et PSA ont annoncé plus de 8 milliards d’euros de dépréciations d’actifs corporels ou incorporels. En ajoutant les 615 millions d’euros du Crédit Agricole SA, le montant frôle les 9 milliards. Et il est probable qu’il aille bien au-delà alors que la majorité des grands groupes français doivent encore publier leurs comptes. En 2011, le CAC 40 avait passé 13,7 milliards de dépréciations d’actifs, contre 7,7 milliards en 2010.
Vu l’ampleur et la longueur de la crise, ces dépréciations sont légitimes. «PSA et ArcelorMittal sont plus exposés que d’autres aux difficultés de la zone euro et à leurs conséquences négatives sur leur business plan. Mais c’est aussi une façon de reconnaître que les perspectives de redressement sont limitées à moyen terme», explique Yann Magnan, directeur général de Duff&Phelps en France. «L’annonce de dépréciations massives revêt un caractère politique», ajoute Olivier Schwab, associé chez NG Finance, «certains dirigeants souhaitant profiter de la crise pour faire passer plus facilement des charges exceptionnelles qu’ils auraient vraisemblablement dû passer tôt ou tard compte tenu de la déconnexion entre la valeur de marché de l’entreprise et son actif net». Les actifs nets de certains groupes du CAC 40 sont ainsi très largement supérieurs à leur capitalisation. GDF Suez affiche par exemple un ratio capitalisation sur actif net de 0,45, comme celui d’ArcelorMittal. Celui d’EDF est à 0,75, celui de Bouygues à 0,69. Et même retraité des survaleurs, les ratios restent pour certains intenables.
Face à ces écarts, l’AMF et l’ESMA ont appelé les entreprises et les commissaires aux comptes à plus de transparence lors de l’arrêté des comptes 2012. «Il convient de rappeler qu’un tel écart n’entraîne pas automatiquement de dépréciation sur les goodwills et autres actifs corporels et incorporels. En revanche, il constitue un indice qu’une dépréciation peut être nécessaire», insistait l’AMF dans sa recommandation, rappellant que «ces tests font appel au jugement de la direction». «Depuis cinq ans, beaucoup de groupes se sont retranchés derrière un possible redressement économique pour ne pas déprécier leurs actifs alors qu’ils auraient pu le faire plus savamment et moins brutalement, ce qui aurait permis d’envoyer un message moins négatif», regrette Olivier Schwab. Aujourd’hui, ils n’ont plus le choix.
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