L’industrie allemande est en première ligne face au ralentissement mondial
Admirées de longue date pour leurs capacités exportatrices, les entreprises industrielles allemandes paient aujourd’hui un lourd tribut au ralentissement économique mondial et aux tensions commerciales internationales. Elles multiplient les avertissements sur résultats depuis un an et se sont lancées dans des restructurations qui affectent durement leurs effectifs, y compris en Allemagne, ce qui était jusqu’ici relativement rare. Depuis le début de l’année, les annonces de réduction de personnel dans les secteurs manufacturiers représentent environ 90.000 postes.
Dernier exemple en date : Audi. La marque haut de gamme du groupe Volkswagen a annoncé mardi la suppression de 15% de ses effectifs en Allemagne d’ici à 2025, soit 9.500 postes. Cette mesure, qui s’accompagne d’une rationalisation de l’activité, concerne ses deux principales usines outre-Rhin. Les quelques 50.000 employés restants verront leurs postes garantis jusqu’en 2029 et Audi créera en même temps 2.000 postes d’ingénieurs dans les technologies électriques et numériques. L’objectif affiché est de relancer Audi, concernée par le Dieselgate en 2015, face à la concurrence de Mercedes, BMW et Tesla.
Poste d’exportation fondamental de la «Deutsche Qualität», l’industrie automobile se retrouve en première ligne. Elle subit une double sanction : la forte baisse de la demande en Chine, premier marché automobile mondial, depuis 18 mois, et les tensions commerciales entre l’Union européenne et les Etats-Unis – l’administration Trump menace régulièrement d’augmenter les droits de douane sur le secteur au gré de l’évolution des rapports de force, sachant qu’il est vital à l’équilibre de la balance commerciale européenne.
Les secteurs manufacturiers touchés dans leur ensemble
La dégradation des perspectives dans l’automobile est directement responsable des annonces des constructeurs Daimler, Volkswagen, Ford, les équipementiers Bosch et Continental et des pneumaticiens Goodyear et Michelin. Elle motive en grande partie les annonces de Leoni, Schaeffler, ThyssenKruppou encore Mann+Hummel.
Mais les tensions commerciales et diplomatiques et le ralentissement économique chinois vont au-delà de l’automobile. Aussi les secteurs manufacturiers sont-ils touchés dans leur ensemble – entre autres l’aéronautique (Airbus), les machines-outils (Kuka), équipements industriels (Voith Turbo), l’embouteillage (Krones), la production d’énergie et les transports (Siemens, Enercon, Vossloh), l’électroménager (Miele), la chimie (BASF), ou encore les services industriels (Bilfinger)… Toutes ces annonces concernent exclusivement ou partiellement l’Allemagne.
Venant illustrer la détérioration du climat économique local, la puissante association des industries mécaniques allemande VDMA a indiqué la semaine dernière que le chiffre d’affaires du secteur des machines-outils et de l’automation devrait avoir reculé de 5% en 2019 et d’environ 10% en 2020, après avoir atteint un record en 2018 de 15 milliards d’euros. Kuka, son premier représentant, acquis par le chinois Midea en 2016, a dégradé sa prévision de bénéfices en septembre dernier et annoncé une baisse de 28% de ses prises de commande au troisième trimestre.
Si l’Allemagne affiche un taux de chômage de 5%, proche de son plancher historique, le nombre de salariés à temps partiel ou sous contrats courts a connu une croissance exponentielle depuis 18 mois pour atteindre son niveau le plus élevé depuis plus de trois ans.
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