L’Europe devra jouer serré pour plafonner les prix du gaz russe
La présidente de la Commission européenne a mis sur la table cinq mesures visant à lutter contre la flambée des prix de l’électricité, lors d’un discours tenu mercredi à Bruxelles. Ursula von der Leyen propose une réduction contraignante de la consommation d’électricité aux heures de pointe, un plafonnement des revenus des producteurs d’électricité à bas coût – le chiffre non officiel de 200 euros par Mwh servirait de base de discussion –, un prélèvement sur les profits exceptionnels des entreprises gazières et pétrolières, un soutien aux énergéticiens en difficulté et un plafonnement des prix du gaz russe. Les ministres de l’Energie de l’UE se réuniront ce vendredi pour discuter de ces options.
«Nous allons proposer de plafonner les prix du gaz russe, a affirmé, mercredi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. L’objectif est très clair. Nous savons tous que nos sanctions grippent l’économie russe, avec de lourdes conséquences. Mais Poutine parvient à atténuer en partie ces effets grâce aux revenus des combustibles fossiles. Nous devons donc réduire les recettes de la Russie.»
Plus de six mois après le début de la guerre, la dirigeante allemande, s’appuyant sur la baisse de la dépendance de l’UE au gaz russe, qui ne représente plus que 9% de ses importations contre 40% en février dernier, entend donc finalement tenter d’enrayer ce qui constitue à la fois la meilleure machine à cash et l’arme de déstabilisation énergétique préférentielle de Vladimir Poutine. Au-delà d’une baisse de la rente gazière, le plafonnement des prix du gaz russe permettrait ainsi à l’UE de reprendre la main dans la guerre des nerfs que lui livre l’épouvantail du Kremlin. Ce dernier l’a d’ailleurs tout de suite compris, qualifiant le plafonnement hypothétique de «décision absolument stupide» et menaçant en retour de ne livrer «rien du tout si c’est contraire à nos intérêts, en l’occurrence économiques. Ni gaz, ni pétrole, ni charbon».
Des prix variables selon les contrats
La solution du plafonnement laisse néanmoins sceptiques les spécialistes de l’énergie, comme Thierry Bros, enseignant à Sciences Po : «Il serait plus simple de décréter un embargo. Là, on s’apprête à faire quelque chose qui va contre les règles du marché, ce qui pourrait mettre nos entreprises en difficulté en cas d’arbitrage international face à Gazprom. Par ailleurs, la solution me paraît difficile à mettre en œuvre, dans la mesure où les prix sont très variables en fonction des contrats, ce qui risque de causer des difficultés.»
Complexe techniquement, le plafonnement pourrait néanmoins créer le même effet économique et politique que l’embargo, tout en permettant aux gouvernements de l’UE d’éviter d’endosser devant leurs citoyens toute la responsabilité de l’arrêt de l’approvisionnement. Reste à savoir si les Etats membres, qui viennent de subir l’arrêt jusqu’à nouvel ordre du gazoduc Nord Stream 1, oseront s’aventurer sur ce terrain lors de la réunion des ministres de l’Energie de vendredi.
Et s’ils venaient à s’entendre, leur unité devrait être solide sur la durée. Car rien ne serait pire politiquement que de rendre le plafonnement contre-productif en cédant aux sirènes de Vladimir Poutine et aux prix du marché au plus froid de l’hiver. Selon un document interne de la Commission européenne, les Etats doivent ainsi être prêts à «verrouiller» leur décision et à ne pas revenir en arrière, même «en cas de menaces russes de cesser complètement les livraisons de gaz à l’UE en conséquence». Vaste projet.
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