- Crypto
- Tribune
Les stablecoins révolutionnent la gestion de trésorerie des entreprises
Les stablecoins sont des quasi-monnaies. Ils se caractérisent en ce qu’ils représentent de la monnaie légale sans bénéficier de ce statut, et qu’ils sont émis par des acteurs privés. Le principe est simple : une société émet une créance représentée sous forme d’un crypto-actif dont la valeur est indexée sur une monnaie légale conservée à titre de réserve sur la base de 1 :1 : à un stablecoin émis correspond un dollar ou un euro en réserve (98% des stablecoins en circulation sont libellés en USD). La valeur d’un stablecoin de 1 dollar est donc égale à 1 dollar et à tout moment le porteur peut en demander le remboursement dans la monnaie légale indexée. Pour sécuriser les porteurs, l’émetteur investit la quasi-totalité du montant de la réserve dans des titres de dette souveraine libellés dans la devise sous-jacente. En Europe, l’émission des stablecoins est réglementée par le Règlement MiCA.
Le rôle des stablecoins s’est considérablement accru depuis la crise du COVID. D’outil de conversion entre une monnaie légale et un crypto-actif sur les marchés de crypto-actifs, ils sont devenus, selon les zones géographiques, une alternative aux modes de paiement traditionnels : qu’il s’agisse de paiements entre particuliers, auprès des commerçants ou encore de transferts d’argent internationaux. En Europe, le recours aux stablecoins reste limité aux transactions sur les plateformes d'échange de crypto-actifs.
Longtemps critiqués par les institutions internationales et les banques centrales comme une atteinte à la souveraineté monétaire, les stablecoins sont aujourd’hui reconnus comme étant une innovation technologique présentant de nombreux avantages. En décembre 2025, le FMI les présente comme pouvant permettre des paiements plus rapides et moins coûteux, en particulier pour les transactions transfrontalières et les transferts de fonds, où les systèmes traditionnels sont souvent lents et onéreux. Les paiements internationaux transitent principalement par des réseaux de banques commerciales qui ont des comptes entre elles, appelés « banques correspondantes ». En effet, la technologie de la blockchain permet une vélocité de transactions avec des dénouements en temps réel et ainsi, une « réutilisation » du même stablecoin plusieurs fois dans la journée, contrairement aux opérations basées sur de la monnaie scripturale qui nécessitent de bloquer les fonds au moins une journée auprès de sa banque. Ce qui explique un volume de transactions impressionnant de 33.000 milliards en 2025.
A lire aussi : L'acte 2 des stablecoins
Quatre cas d’usage possibles pour les entreprises
Ignorés jusqu’à peu par les entreprises, celles-ci en découvrent les avantages : des transactions plus rapides et moins chères. L’AFTE (Association des Trésoriers d’Entreprises) voit quatre cas d’usage possibles pour les entreprises. D’abord, pour les paiements transfrontaliers, en particulier dans des pays où la devise n’est pas liquide, conduisant à des frais élevés et à des transferts pouvant prendre plusieurs jours. Pour la gestion de trésorerie, car ils permettent de transférer des fonds 24/7, ouvrant la voie à une gestion intra-journalière de la trésorerie. En tant qu’instrument de couverture, dans les pays dotés d’une devise volatile ou dont la convertibilité est encadrée avec une réglementation des changes, ils permettent aux filiales locales de convertir leur trésorerie en dollars (ou en euros). Enfin, pour le placement de trésorerie, puisque à réception de fonds dans une devise autre que l’euro, la conversion en stablecoins euro permet de garder ces fonds sans avoir à payer des frais de conversion.
L’un des points de blocage par les entreprises vient de sauter : une récente décision de l’Autorité des normes comptables du 9 janvier 2026 a décidé de traiter les stablecoins conformes à la réglementation européenne MiCA comme « équivalent cash » et non comme un actif. Aux USA, la SEC a pris une décision en ce sens en août 2025 pour les entreprises cotées.
Les projections des volumes d’émission de stablecoins sont basées sur l’utilisation massive par les entreprises. En février 2026, S&P Global prévoit une multiplication par 1.600 du volume d’émission des stablecoins en euros, autour de 1.300 milliards d’euros, soit 75% de la masse monétaire fiduciaire en euros à ce jour.
Toute cette évolution explique en partie pourquoi la plupart des banques européennes ne veulent pas rester à l’écart de cette évolution en émettant, seule ou sous forme de consortium, leur propre stablecoin.
A lire aussi : Les banques françaises accélèrent dans la course aux stablecoins
Plus d'articles du même thème
-
La blockchain n'a pas attendu Wall Street pour faire débuter l'introduction en Bourse de SpaceX
Les investisseurs adeptes des paris sur les marchés de prédiction ont eu accès dès le début de cette semaine à des jetons, représentant fictivement la future action SpaceX. Ces jetons ne leur donnent toutefois aucun accès à la propriété sur les titres réels. -
Pour les IPO non plus, une hirondelle ne fait pas le printemps
Klarna, Circle, Cerebras, CSG : la plupart des grandes introductions en Bourse des derniers mois ont d'abord entraîné un vrai engouement des investisseurs avant de subir de sévères retours de bâton. -
Les systèmes de paiement traditionnels immobiliseraient des milliards de dollars
Près de 330 milliards de dollars de fonds de roulement pour les entreprises sont perdus dans le système financier mondial selon une étude de la plateforme financière Airwallex.
ETF à la Une
WisdomTree dévoile un ETF sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle
- Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale change de directeur général
- Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
- L'offre d'Intesa sur MPS crée un effet domino pour Axa
- Le commissariat aux comptes séduit plus que jamais les jeunes générations
- Le Crédit Agricole crée une société dédiée à l'IA pour y concentrer ses efforts
Contenu de nos partenaires
-
Onde de chocAffaire Lyhanna : le dilemme d'Emmanuel Macron
Face à la crise provoquée par la mort de la jeune Lyanna, le chef de l'Etat doit trouver la bonne distance et les mots justes pour témoigner de l'empathie sans chercher à instrumentaliser -
« Dans les start-up de défense, le réseau compte autant que la technologie »
Pour l'investisseuse Louise Boucher, avoir le bon produit ne suffit pas. Les jeunes entreprises d'armements doivent rapidement recruter des profils ayant de bonnes connexions chez les décideurs militaires -
Shahed, fais-moi peurGuerre des drones : l'effervescence française
Avec ses start-up Alta Ares et Harmattan AI, la France compte de nombreux atouts dans le secteur des drones. Mais la compétition européenne et la production ukrainienne à grande échelle menacent leur percée sur un marché en mutation rapide