Les sociétés entretiennent la confusion comptable
La créativité comptable des entreprises est connue : la floraison de soldes intermédiaires «ajustés» ces dernières années dans leurs résultats l’atteste. A l’initiative d’IMA France, le cabinet Mazars a évalué la mise en œuvre des recommandations de l’Esma (l’autorité européenne des marchés) en termes d’indicateurs alternatifs de performance (IAP), publiées en juin 2015.
Par IAP, on entend, par exemple, l’Ebit, le free cash flow, le résultat opérationnel, la dette nette, le ROE, etc., autant de notions qui ne sont pas retenues par les normes comptables (IFRS ou US GAAP).
Le premier élément frappant de l’étude, qui repose sur les comptes 2016 de 86 entreprises européennes, c’est le nombre d’IAP utilisés : il varie, par exemple, de 7 à 37 pour les membres de l’Eurostoxx 50.
Les émetteurs sont loin d’avoir une approche cohérente et transparente. L’Ebit, ou bénéfice opérationnel, est l’IAP le plus utilisé (par 91% des grandes sociétés industrielles et commerciales et 93% des small et midcaps).
Mais son calcul n’est pas homogène : 73% des 66 grandes sociétés de l’échantillon excluent la contribution des sociétés mises en équivalence, tandis que 27% l’incluent, la plupart du temps sans que ces différences soient expliquées. «En outre, l’Ebit apparaît sous sept libellés différents. On peut se demander s’il recouvre les mêmes réalités», s’interroge Isabelle Grauer-Gaynor, associée chez Mazars. Si dix des grandes entreprises utilisent le vocable «Ebit», 18 évoquent «bénéfice opérationnel», 13 «résultat opérationnel», ou encore cinq mentionnent «bénéfices/pertes provenant des opérations».
L’étude s’attarde également sur la maladie de ces dernières années : la prise en compte d’éléments exceptionnels et l’obsession des bénéfices «ajustés». Trente-neuf grandes sociétés industrielles sur les 51 qui utilisent l’Ebit mentionnent aussi un Ebit ajusté. On comprend pourquoi : dans 80% des cas, il a des effets positifs dans les comptes… On passe même d’une perte à un bénéfice pour deux d’entre elles. L’effet est positif pour 75% des small et midcaps. «Aujourd’hui, les restructurations font quasiment partie intégrante de l’activité d’une entreprise si elle veut rester concurrentielle. Indiquer qu’une restructuration n’est pas récurrente prête à confusion. Même si, année après année, elle peut concerner des plans différents, il s’agit de la même activité», commente Eduardo Damasio, de la division corporate reporting à l’Esma.
Globalement, les IAP sont en général correctement expliqués mais présentés de manière prééminente par rapport aux éléments IFRS, remarque Mazars. En totale contradiction avec les recommandations de l’Esma.
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