Les sanctions contre Moscou compliquent le jeu dans le secteur de l'énergie
Rosneft et Novatek, ainsi que leurs partenaires industriels occidentaux, se préparent des jours difficiles. Les sanctions américaines contre la Russie privent depuis le 16 juillet les deux sociétés, ainsi que les banques VEB et Gazprombank, d’un financement en dollar par actions nouvelles et par dette à plus de 90 jours. Une mesure qui paraît gérable à court terme, mais se traduira à long terme par des coûts de financement plus élevés.
Le producteur de gaz Novatek n’a quasiment pas de tombées de dette à refinancer cette année. Rosneft, en revanche, devra rembourser en décembre pour 13,6 milliards de dollars du prêt-relais noué en 2013 pour le rachat de TNK-BP. Au pire, le groupe dispose de 20 milliards de dollars de liquidités et devrait dégager cette année autour de 7 milliards de cash. «Mais le renouvellement de ces dettes en devises étrangères va coûter beaucoup plus cher à ces entreprises», estiment les économistes de Nomura.
Surtout, «ces sociétés vont avoir du mal à trouver des financements pour des nouveaux projets, en premier lieu l’accord d’exploration commune entre Rosneft et Exxon dans l’Arctique», estime Nomura. Les sanctions n’interdisent pas ces joint-ventures, courantes en Russie. BP, par ailleurs actionnaire à 19,7% de Rosneft, Statoil et Eni ont des accords avec Rosneft, et Total est associé à Novatek, dont il détient 17%, pour le projet Yamal de production de gaz naturel liquéfié. Mais le montage du financement de ces grands projets s’annonce plus complexe et donc coûteux.
Des doutes entourent aussi la sécurité juridique des prepay deals: Rosneft a signé l’an dernier avec les courtiers en matières premières Vitol et Glencore pour 10 milliards de dollars de financements de ce type, garantis par ses futures exportations de pétrole. L’argent est en fait apporté aux courtiers par des banques, qui pourraient craindre que ces transactions entrent dans le périmètre des sanctions. La formulation des sanctions de l’Ofac, l’Office of Foreign Assets Control, est suffisamment vague à cet égard. Après l’amende record infligée à BNP Paribas pour avoir violé les embargos américains, les banques ne devraient pas prendre de risque.
Les géants russes de l’énergie ont certes d’autres sources de financement. Sur le marché obligataire, où la crise ukrainienne a fait baisser la part des émetteurs corporates russes cette année, ceux-ci ont privilégié l’euro à 59% pour leurs emprunts, rappellent les stratégistes de Barclays. Par ailleurs, les sanctions de l’Ofac ne s’appliquent qu’aux citoyens américains et aux entités enregistrées aux Etats-Unis, et excluent la compensation du dollar. En respectant ces contraintes, les banques européennes pourraient en théorie prendre le relais. Mais du côté de Deutsche Bank, d’ING ou encore de la Fédération bancaire française, les discours se voulaient prudents la semaine dernière. Les dirigeants de l’Union européenne doivent eux aussi rendre avant la fin du mois une liste précise de contreparties russes visées par des sanctions. Plus largement, «les banques étrangères, américaines et européennes, vont devenir beaucoup plus sensibles à leur exposition en risque de crédit sur les entreprises russes. Elles augmenteront leurs prix ou refuseront tout simplement de les financer», estime Nomura.
Les emprunteurs russes pourraient alors se tourner davantage vers l’Asie. Le mouvement a été amorcé il y a dix ans déjà par Rosneft avec des financements chinois. «Novatek a signé un mémorandum avec des institutions financières chinoises et russes pour financier son projet Yamal», ajoute Evgueni Soloviov, analyste de la Société Générale, dans une note sur le secteur. Selon ce dernier, les conditions plus attractives offertes par les banques publiques chinoises auraient convaincu l’opérateur de pipeline Transneft de remplacer petit à petit les banques occidentales. Des entreprises chinoises (Sinopec, CNPC) ou indiennes (ONGC) sont aussi associées en capital à Rosneft et Novatek dans des champs pétroliers ou gaziers. «Pour une société chinoise qui investit dans les ressources du sol russe, l’accord typique prévoit un ticket minoritaire aux côtés d’une entreprise russe en échange du financement à 100% de l’actif», indique Evgueni Soloviov.
Ces termes sont aujourd’hui favorables à Moscou, mais pourraient se durcir si les sanctions occidentales affaiblissent la position russe dans ses négociations avec ses autres partenaires. La diversification de la Russie vers l’Asie ne doit pas non plus occulter le fait que l’Europe restera encore dans les prochaines années son premier marché à l’exportation d’énergie.
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