Les rachats d’actions à impact illustrent une stratégie ESG intégrée
Après la pause de 2020, les dividendes et les rachats d’actions vont-ils redémarrer comme avant ? «Les rachats d’actions présentent de nombreux avantages, mais peuvent aussi parfois être perçus négativement, comme favorisant les actionnaires au détriment des autres parties prenantes, explique Barbara Genicot, responsable vente dérivés actions entreprises pour la France, le Benelux et la Suisse chez BNP Paribas. Pour répondre à ces attentes, nous avons créé le concept de rachat d’actions à impact». Le mois dernier, Bic a été la première société à lancer un programme de rachat d’actions à «impact sociétal», annoncé dès décembre 2020. Elle ne devrait pas être la dernière.
«L’intérêt des entreprises pour ce produit est là. Plusieurs opérations pourraient être annoncées dans les prochains mois, confie Bénédicte Thibord, responsable corporate broking et business development chez Exane. Avec la pression croissante des investisseurs et des réglementations en matière d’environnemental, de social et de gouvernance (ESG), beaucoup de sociétés souhaitent adopter une démarche plus intégrée et plus inclusive. Les rachats d’actions à impact ont vocation à s’intégrer dans leur stratégie globale ESG, en retournant de la valeur non seulement aux actionnaires, mais aussi aux autres parties prenantes.»
En amont des assemblées générales, les émetteurs réfléchissent à un arbitrage entre dividende et rachat d’actions. Beaucoup d’éléments entrent en considération : la fiscalité, le multiple boursier de la société, le besoin de couvrir des convertibles ou des plans d’actions pour les salariés… Ce nouveau produit pourrait influer sur leur choix. Surtout pour les entreprises très engagées sur l’ESG.
Un dispositif flexible
Ce dispositif de rachat d’actions est très flexible. Par exemple, Bic a choisi un programme de rachat d’actions de 40 millions d’euros pour une durée de neuf mois, et redistribuera la totalité de la surperformance – c’est-à-dire la différence entre le prix d’achat et le prix moyen pondéré en fonction du volume sur la période d’exécution – aux organismes choisis, J-PAL, centre de recherche mondial travaillant à la réduction de la pauvreté, et la Fondation d’entreprise Bic pour l’éducation. «On peut mettre en oeuvre différentes tailles de programmes de rachats, avec des maturités différentes, et l’entreprise choisit la définition de la surperformance qui correspond le mieux à ses objectifs financiers, poursuit Barbara Genicot. La banque peut garantir une décote fixe, ou y intégrer un élément de variable. La surperformance peut être attribuée en partie ou en totalité à l’organisme choisi, ou en fonction de l’atteinte d’indicateurs de performance (KPI).» Exane BNP Paribas a développé un accord avec J-PAL, «en raison de l’excellence de leurs travaux de recherche, comme l’illustre le Prix Nobel d’Economie 2019 attribué aux fondateurs et dirigeants de J-Pal, Esther Duflo et Abhijit Banerjee», précise Bénédicte Thibord.
Le coût pour l’émetteur est le même que celui d’un rachat d’actions classique, la banque portant le risque de surperformance. «Nous garantissons la décote, ce qui permet à l’entreprise de savoir à l’avance combien sera reversé à l’entreprise et à la fondation choisie, explique Barbara Genicot. Plus le programme est long, plus la décote peut être importante.»
Cette innovation française dans le monde devrait rapidement prendre de l’essor. D’autres banques travaillent sur des offres, et des travaux sont engagés au niveau européen.
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