Les opérateurs en télécoms européens ne jouent plus leur rôle de refuge
En plus d’affirmer les ambitions d’expansion des groupes des pays émergents, la récente offre du mexicain America Movil sur un peu moins du tiers du capital de KPN inflige une réalité cruelle aux opérateurs européens: la faiblesse de leur valorisation, absolue ou comparée à leurs homologues internationaux. A environ 5 fois en moyenne l’excédent brut d’exploitation estimé pour 2012, le secteur européen se trouve à des niveaux largement inférieurs à ceux des opérateurs américains (voir tableau).
S’il a été amplifié ces derniers mois par la crise interne à la zone euro, avec une désaffection généralisée des investisseurs pour les valeurs de cette région, ce découplage reflète la faiblesse opérationnelle des télécoms européens, en proie à l’érosion de leur activité sur leurs marchés d’origine. Au premier trimestre, le chiffre d’affaires de France Télécom a chuté de 4,2% dans l’Hexagone qui représente encore à lui seul la moitié des revenus du groupe. En Allemagne, celui de Deutsche Telecom a plié de 2,3%. En Espagne, le chiffre d’affaires de Telefonica a plongé de 10,7%.
Les grands opérateurs intégrés européens ont bien tenté ces dernières années de trouver de nouvelles sources de croissance. Mais, en moyenne, ils génèrent encore 90% de leur chiffre d’affaires dans des pays développés, aux marchés saturés et où la crise économique a exacerbé la compétition tarifaire entre opérateurs. En France, le phénomène a encore été exagéré par l’arrivée de Free Mobile. D’où la faiblesse de la valorisation de France Télécom par rapport à ses comparables européens.
La pression sur l’activité se fait évidemment ressentir sur le niveau de marge et de génération de trésorerie. Le secteur des télécoms européen affiche un rendement du dividende extrêmement élevé, à 13,8% selon le consensus. Mais les stratèges actions d’Exane BNP Paribas rappelaient récemment que les opérateurs proposent les plus faibles perspectives de croissance du cash flow et du dividende par action de tout le marché. Entre 2011 et 2014, le cash flow par action devrait ainsi croître de moins de 3% pour les télécoms, contre plus de 7% pour le secteur de la pharmacie dont le caractère défensif est au contraire prouvé. Depuis début 2007, l’indice européen Stoxx de la santé est resté stable. Celui des télécoms a perdu un quart de sa valeur.
{"title":"","image":"78302»,"legend":"indicateurs du secteur des t\u00e9l\u00e9coms»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh propose une Fed «moins communicante»
Les acteurs du secteur financier peuvent y voir une évolution potentiellement positive si cela permet de réagir plus vite et mieux aux données. On peut cependant encore douter que le banquier central nommé par le président Donald Trump soit celui qui cherche ainsi à dépolitiser la Fed. -
Le M&A s'alimente de nouveau au gros gibier
En dépit de moindres volumes, la valeur des opérations de fusions & acquisitions a rebondi durant ce premier semestre 2026, un début d'année marqué par des transactions de grande envergure. L'intérêt des investisseurs se concentre notamment sur les secteurs des télécommunications, de l'énergie, des infrastructures et de l'intelligence artificielle, relèvent les banques d'investissement. -
CRH change de braquet aux Etats-Unis
L’acquisition d’Arcosa en numéraire pour 8,5 milliards de dollars, dette incluse, renforcera la position du groupe irlandais de matériaux de construction dans les infrastructures et l’énergie.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- «Les anticipations de résultats sur le S&P 500 laissent entrevoir un potentiel de surprises positives»
- Accenture ravive les craintes sur l’IA et enfonce Capgemini dans le rouge
- L’environnement de marché est moins favorable à l’or
- L'espoir de paix au Moyen-Orient donne un élan mesuré aux actions européennes
- Maisons du Monde s’apprête à passer sous le contrôle de deux fonds britanniques
Contenu de nos partenaires
-
AdaptationClimatisation : la grande bascule des politiques
Face aux canicules à répétition, le débat sur le dérèglement climatique n’existe plus. Il se déplace sur l’adaptation. En se cristallisant sur la seule question de la clim, devenue très politique -
Commerce internationalLe commerce maritime international en mode agile
De la mer Rouge au détroit d'Ormuz, les crises géopolitiques rebattent les cartes du transport maritime. Armateurs, assureurs et transitaires s'organisent désormais pour naviguer dans un monde où l'incertitude est devenue la norme. A l'occasion du Rendez-vous ParisMAT qui se tient aujourd'hui et demain à Paris, petit tour d'horizon de ce nouveau quotidien -
EXCLUSIFDominique de Villepin : « Il faudra revenir à une taxe carbone »
Retour de l’ISF, taxe carbone, fonds souverain de 100 milliards… L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac dévoile en exclusivité les grandes lignes de son programme économique pour l’élection présidentielle de 2027