Les groupes d’énergie ont définitivement perdu leur statut de refuge pendant la crise
Vendre de l’électricité ou du gaz ne paie plus. Tout du moins en Bourse. Les grands groupes européens de distribution d’énergie (utilities) viennent de traverser l’une des périodes les plus noires de ces dix dernières années. Depuis le 1er août, lorsque les marchés ont montré les premiers signes de chavirage, l’indice européen Stoxx Utilities a plongé de plus de 8%, autant que sa référence, le Stoxx 600. Mis à part l’indice Stoxx des banques (-12%), il s’agit de la plus mauvaise performance sectorielle sur cette période. L’indice Stoxx des opérateurs de télécoms, secteur également considéré comme relativement résistant en période de crise, n’a cédé que 4%. «Les utilities ne sont plus défensives», tranche Lueder Schumacher, analyste chez UniCredit.
Le risque politique explique une grande partie de cette perte de statut. Et pas seulement en France où la libéralisation du marché avance à petits pas et où les tarifs sont encore régulés. Même en Grande-Bretagne, l’Etat se mêle des affaires des distributeurs d’énergie. L’Ofgem, le régulateur du secteur de l’énergie du pays, prévoit d’annoncer d’ici à la fin de l’année une série de mesures pour renforcer la concurrence dans le pays. Impossibles à délocaliser, les activités de distribution d’énergie constituent une bonne source fiscale pour les Etats, encore plus en période de crise.
Ces derniers mois, l’Allemagne, la Finlande et l’Italie ont ainsi mis en place de nouvelles taxes sur le secteur. En imposant le combustible nucléaire, Berlin espère ainsi récupérer un plus d’un milliard d’euros cette année, même si le gouvernement a ensuite annoncé la fin du nucléaire en 2022. En Finlande, la nouvelle taxe annoncée en juin sur les émissions de CO2 des centrales du pays devrait rapporter 170 millions d’euros par an aux caisses de l’Etat. En Italie, les mesures fiscales détaillées le week-end dernier par Silvio Berlusconi devraient prélever, selon les estimations d’UniCredit, 1,8 milliard d’euros par an sur les bénéfices des utilities du pays.
Conséquence, les grands producteurs devraient pour une grande majorité d’entre eux tailler dans leurs dividendes 2011 pour compenser ces ponctions. L’allemand E.On a déjà prévenu ses actionnaires. Entre 2009 et 2010, le dividende du Stoxx Utilities a baissé de 17%. Pour l’instant, le consensus table sur une stabilité cette année.
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