Les grands émetteurs arrivent à se financer à bon prix sur le marché obligataire
Saint-Gobain, Danone, ASF ou bien encore Imperial Tobacco. En quelques jours, le marché obligataire des entreprises s’est emballé en Europe, au point d’atteindre des montants cumulés journaliers inconnus depuis janvier 2010. L’écart de rendement entre les émissions «corporate» et les bons allemands s’étant légèrement détendu ces derniers jours, à 194 points de base contre un pic de 199 pb mi-septembre, les grands groupes ont sauté sur l’occasion.
«Il y a de la nervosité concernant les conditions économiques futures. Plutôt que d’attendre encore trois ou quatre mois, ce que nous aurions pu faire, nous avons estimé qu’il était préférable d’agir immédiatement pour profiter des conditions actuelles», explique la direction d’Imperial Tobacco. «Nous sommes dans une situation de tarissement du crédit bancaire. Logiquement, dès qu’une fenêtre s’ouvre, les émetteurs se précipitent. D’autres devraient suivre», appuie Sébastien Barbe, directeur général de SP Gestion.
D’autant que les émetteurs auraient tort de se priver. Selon Fitch, les groupes qui ont profité de la récente ouverture de la fenêtre d’émission «ont obtenu des prix très intéressants, inférieurs au coût effectif de la dette et proches, sinon inférieurs, aux conditions obtenues lors des opérations de 2010». Le taux médian payé actuellement par les émetteurs européens s’élève à 4,71% pour les groupes notés A- ou au-delà, rappelle Fitch. Or, par exemple, l’émission de 500 millions d’euros de Danone, de maturité 5 ans, offrait un coupon de 2,5%. Celle de 750 millions de Saint-Gobain, à 8 ans, a été placée avec un coupon de 4,5%.
«Les investisseurs cherchent des valeurs refuges. Les grands groupes faiblement exposés aux pays d’Europe du Sud sont relativement peu risqués, explique Sébastien Barbe. Mais du coup, ces émissions sont hors de prix. D’ailleurs, malgré une demande très forte, la Saint-Gobain 4,5% 2019 a baissé hier par rapport à son prix d’émission».
Les turbulences sur les marchés ont fortement limité les domaines d’intervention possibles et peu risqués des gérants. D’où un afflux éclair sur ce compartiment. Sur la ligne de 750 millions d’euros émises pas Saint-Gobain, une compagnie d’assurance aurait demandé à elle seule 400 millions d’euros.
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