Les énergies fossiles suscitent la méfiance grandissante des institutionnels
Le risque lié aux énergies fossiles ne laisse plus de marbre les investisseurs institutionnels. Plus de 70 fonds d’investissements, principalement anglo-saxons, ont rendu publique en fin de semaine dernière une lettre adressée à 45 grandes compagnies pétrolières, gazières et minières, afin qu’elles «évaluent l’impact sur leur activité des politiques énergétiques visant à réduire de 80% l’émission de gaz à effet de serre d’ici à 2050».
Ces investisseurs, qui représentent au total environ 3.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, craignent en effet que les investissements massifs entrepris par ces groupes pour trouver de nouveaux gisements d’hydrocarbures ou des réserves minières ne se transforment en ressources inexploitables à moyen terme. Ce scénario a été retenu le mois dernier par le panel intergouvernemental des Nations unies en charge du changement climatique (IPCC).
Si le bien-fondé de ce scénario est encore largement débattu, les analystes de Citigroup ont récemment noté que les incertitudes sur le ‘pic de pétrole’ portent désormais moins sur l’évolution de l’offre que sur la demande. Cette dernière pourrait atteindre son apogée dès 2020 à l’échelle mondiale, si le développement de l’exploitation des gaz de schiste conduit à un effet de substitution plus rapide que prévu.
La situation est particulièrement inquiétante pour le charbon dont la demande chute déjà dans la plupart des pays, à l’exception de la Chine qui pourrait voir ses besoins diminuer d’ici à 2017. En Europe, l’essor des énergies renouvelables est en train de remettre en question le rôle des centrales thermiques dans le mix de production électrique (voir graphe).
Les sociétés d’investissement signataires de cette lettre ont pour objectif d’influencer la politique d’allocation des ressources de ces grands groupes, une baisse de leurs dépenses d’exploration pouvant se traduire par une rémunération des actionnaires plus importante. Selon Andrew Logan, directeur du programme pétrolier de Ceres, organisme chargé de coordonner l’initiative de ces fonds, les premières réactions des entreprises concernées sont plutôt positives. «Une grande partie d’entre elles reconnaît l’existence d’une tension réelle entre leurs plans stratégiques à long terme et les mesures prises pour tenter de gérer le changement climatique», explique t-il, en jugeant leur démarche «constructive».
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